Jean-Joseph Renucci, Celebrity Silhouette
Dans les rapports d’activité ou lors de présentations destinées à mettre en évidence les réalisations significatives de l’année il est très fréquent que les banques, pour les exemples sélectionnés, les commentent en valorisant leur contribution à la création de richesse du territoire. C’est ainsi que les projets sont présentés quasi exclusivement sous les critères de l’investissement « monétaire » et de la création d’emplois associée. Exemple: « nous avons participé au projet de ce centre commercial qui a généré X millions d’euros d’investissements et créé Y emplois.
Dans ces mêmes rapports d’activité l’accompagnement de réalisations ou d’évènements relevant de la culture, de l’environnement ou de la sphère sociale ne figurent pas dans la même catégorie. Ils illustrent l’activité sociale et culturelle de la banque sur son territoire. Exemple: nous œuvrons pour maintenir la culture en accompagnant tel festival qui mobilise X artistes et qui accueille Y personnes.
Durant les dernières années de ma carrière je m’interrogeais sur ce que nous définissions comme de la création de richesse. Un investissement réduit à son équivalent euros exprime-t-il la richesse ? Les emplois créés exprimés en nombre et en volume global € expriment-ils la richesse ? Ils sont certes une composante de la richesse, mais qui de mon point de vue ne peut se réduire à sa seule dimension monétaire. L’immobilier bâti, exprimé en m2 et en euros, ne doit-il pas interroger également son impact environnemental, sa contribution à la réduction des gaz à effet de serre, la nature des matériaux utilisés, les entreprises qui ont participé à la construction et leur dimension sociale…?
Sur les emplois créés la nature des contrats de travail, le salaire moyen, la classification des emplois ne doivent-ils pas eux aussi être interrogés ? En miroir ce qui relève des sphères sociales, culturelles et environnementales doivent-ils être réduits à une description qui les classent trop souvent dans des actions de communication, sponsoring et au mieux de mécénat?
Dans ces mêmes rapports d’activité l’accompagnement de réalisations ou d’évènements relevant de la culture, de l’environnement ou de la sphère sociale ne figurent pas dans la même catégorie. Ils illustrent l’activité sociale et culturelle de la banque sur son territoire. Exemple: nous œuvrons pour maintenir la culture en accompagnant tel festival qui mobilise X artistes et qui accueille Y personnes.
Durant les dernières années de ma carrière je m’interrogeais sur ce que nous définissions comme de la création de richesse. Un investissement réduit à son équivalent euros exprime-t-il la richesse ? Les emplois créés exprimés en nombre et en volume global € expriment-ils la richesse ? Ils sont certes une composante de la richesse, mais qui de mon point de vue ne peut se réduire à sa seule dimension monétaire. L’immobilier bâti, exprimé en m2 et en euros, ne doit-il pas interroger également son impact environnemental, sa contribution à la réduction des gaz à effet de serre, la nature des matériaux utilisés, les entreprises qui ont participé à la construction et leur dimension sociale…?
Sur les emplois créés la nature des contrats de travail, le salaire moyen, la classification des emplois ne doivent-ils pas eux aussi être interrogés ? En miroir ce qui relève des sphères sociales, culturelles et environnementales doivent-ils être réduits à une description qui les classent trop souvent dans des actions de communication, sponsoring et au mieux de mécénat?
Les critères de la définition de la richesse
La communication qui expose une richesse, qui l’analyse et la commente utilise un vocabulaire et des indicateurs qui sont ceux des marchés financiers. Par conséquence, la simple évocation du mot richesse renvoie en écho une valeur exprimée en devises ($, €). C’est ainsi que lorsque l’on parle de l’Inde, de son développement industriel et technologique, de sa croissance économique l’indicateur phare est son PIB de 3 960 milliards de dollars, qui la positionne au sixième rang mondial. C’est lui qui détermine son rang au sein des nations et c’est à partir de cet indicateur que les partenaires financiers de l’Inde adossent l’intensité de leurs relations.
D’autres indicateurs sont néanmoins mesurés et apportent plus de précisions sur la situation globale. Au rang desquels l’Indice de Développement Humain (IDH) qui mesure la santé, la longévité, l’éducation et le niveau de vie, le CPI (mesure de la corruption) et la mesure des émissions de CO2 sont de mon point de vue tout aussi importants que le seul PIB. Sur l’IDH et le CPI, l’Inde se situe largement au-delà de la 100ème place pour le premier et à la 92ème pour le second.
À côté du PIB il existe d’autres indicateurs socio-économiques qui pour le moment occupent une place marginale dans la valorisation d’une économie. Certes la valeur financière produite (le PIB) est une composante importante de la richesse d’un pays, mais doit-elle être exclusive ou doit-elle intégrer d’autres critères relevant d’autres dimensions ? J’ai pris l’Inde en exemple car il illustre bien les questionnements qui sont les miens.
À un niveau de maille plus serrée, un autre exemple illustre mes interrogations. Lorsque la banque finance la rénovation d’une maison de village, il y a la réalisation d’un chiffre d’affaires qui va générer de la richesse financière, et la fierté de participer au maintien du patrimoine. C’est juste et ces deux points sont un motif de satisfaction légitime. Mais ne devons-nous pas aller au-delà ?
Quelle est la performance énergétique de la maison ? Les travaux réalisés l’optimisent elle et par conséquence réduisent-ils la facture électrique ? Si tel est le cas alors la richesse créée prend plus d’ampleur en agrégeant aux deux premiers points une amélioration du cadre de vie des personnes, une réduction de la facture énergétique, et en corollaire un impact environnemental optimisé.
Pour être juste, la sensibilisation s’accroit sur ces thématiques et les banques sont, à présent, contraintes de documenter les dossiers de financement en insérant les thématiques relevant de la RSE. Mais pour autant, si le non-respect des critères financiers est un point discriminant pour l’octroi d’un financement, les indicateurs sociaux et environnementaux ont un impact très marginal sur la décision.
J’ai volontairement pris deux exemples macro et micro pour illustrer les modalités de financement de l’économie. Ma conviction est que les critères financiers ne doivent plus être les indicateurs quasi exclusifs pour décider de l’octroi d’un financement. Ils sont basés sur des indicateurs qui globalement reflètent des valeurs de production et de consommation.
L’interdépendance, entre l’activité humaine la nature et les impacts de l’un sur l’autre, qui existe depuis toujours est aujourd’hui mesurée. Et nous continuons à ne prendre en compte qu’une partie de ces mesures occultant les autres sous l’emprise, consciente ou inconsciente, du réalisme, du confort, du scepticisme ou d’intérêts divers. Quelle qu’en soit la raison la caractéristique de ne jamais répondre à un intérêt général.
L’activité bancaire est normée, encadrée et réglementée. Il n’y a rien d’illégal aux pratiques en cours, si ce n’est que les impacts ne répondent plus aux enjeux globaux et aux défis auxquels est confrontée l’humanité. Pour rester sur le domaine d’activité que je connais le mieux, il semble nécessaire aujourd’hui d’intégrer dans les processus de décision ce qui existe depuis toujours, l’interdépendance entre les hommes, leurs activités et leurs environnements.
Il est certes plus facile de l’écrire que de le mettre en œuvre, mais il est à présent impératif de prendre en considération la complexité dans les modes de gouvernances, de décisions et d’actions. Il faut passer d’un mode de décision basé sur le seul registre des critères financiers à un mode qui intègre les notions d’interdépendance. Les process de décision seront multicritères intégrant des valeurs à court terme et des valorisations d’impacts à moyen/long terme. Aux réalisations qui se mesurent sur un temps court nous ferions cohabiter les effets induits aux impacts à diffusion plus lente. Et à ceux qui objecteraient la complexité du nouveau process je répondrais qu’il est le reflet du monde vivant qui nous nourrit tous.
Mesurer seulement en équivalent financier une activité, une réalisation, un dispositif en les dissociant de tous leurs impacts directs ou indirects n’a plus de sens. De même réaliser des analyses, des diagnostics et prendre des décisions sans intégrer l’interdépendance consolide le modèle en vigueur et ses effets.
L’enjeu à relever est celui de l’intégration dans les processus de décision des indicateurs déjà existants sur les sphères financières, sociales, sociétales et environnementales. Pour rester concret, j’illustrerai par un exemple qui parle aux Corses.
Il se situe sur le périmètre de l’activité économique touristique, et plus précisément sur l’activité des bateaux de croisière. Le sujet de savoir si l’activité croisière est à pérenniser, voire à intensifier, recueille des avis que tout oppose suivant que l’on soit partisan ou détracteur de ce modèle.
Les premiers indiquent que l’activité apporte un flux financier de près de 30 M€ sur l’économie du grand Ajaccio et qu’il est impensable de s’en priver. Dit ainsi, et le chiffrage est bien celui-ci, il est diffcile d’opposer une alternative sur le simple registre monétaire. Il est évident que 5 à 6000 personnes (et oui c’est bien la capacité de ces navires !) débarquant d’un bateau consomment.
Les seconds exposent les nuisances visuels (les bateaux à quai ont la hauteur d’un immeuble de dix étages), les nuisances sonores, les nuisances environnementales ainsi que le fait que le centre-ville se trouve rapidement « gonflé » par un afflux de population de 5 à 6000 personnes pour une journée qui le plus souvent déambulent dans les rues.
Nous sommes clairement dans un modèle qui crée de la valeur monétaire en temps réel sans en mesurer les impacts plus diffus à moyen terme. Sans être exhaustif, ces impacts sont identifiables :
D’autres indicateurs sont néanmoins mesurés et apportent plus de précisions sur la situation globale. Au rang desquels l’Indice de Développement Humain (IDH) qui mesure la santé, la longévité, l’éducation et le niveau de vie, le CPI (mesure de la corruption) et la mesure des émissions de CO2 sont de mon point de vue tout aussi importants que le seul PIB. Sur l’IDH et le CPI, l’Inde se situe largement au-delà de la 100ème place pour le premier et à la 92ème pour le second.
À côté du PIB il existe d’autres indicateurs socio-économiques qui pour le moment occupent une place marginale dans la valorisation d’une économie. Certes la valeur financière produite (le PIB) est une composante importante de la richesse d’un pays, mais doit-elle être exclusive ou doit-elle intégrer d’autres critères relevant d’autres dimensions ? J’ai pris l’Inde en exemple car il illustre bien les questionnements qui sont les miens.
À un niveau de maille plus serrée, un autre exemple illustre mes interrogations. Lorsque la banque finance la rénovation d’une maison de village, il y a la réalisation d’un chiffre d’affaires qui va générer de la richesse financière, et la fierté de participer au maintien du patrimoine. C’est juste et ces deux points sont un motif de satisfaction légitime. Mais ne devons-nous pas aller au-delà ?
Quelle est la performance énergétique de la maison ? Les travaux réalisés l’optimisent elle et par conséquence réduisent-ils la facture électrique ? Si tel est le cas alors la richesse créée prend plus d’ampleur en agrégeant aux deux premiers points une amélioration du cadre de vie des personnes, une réduction de la facture énergétique, et en corollaire un impact environnemental optimisé.
Pour être juste, la sensibilisation s’accroit sur ces thématiques et les banques sont, à présent, contraintes de documenter les dossiers de financement en insérant les thématiques relevant de la RSE. Mais pour autant, si le non-respect des critères financiers est un point discriminant pour l’octroi d’un financement, les indicateurs sociaux et environnementaux ont un impact très marginal sur la décision.
J’ai volontairement pris deux exemples macro et micro pour illustrer les modalités de financement de l’économie. Ma conviction est que les critères financiers ne doivent plus être les indicateurs quasi exclusifs pour décider de l’octroi d’un financement. Ils sont basés sur des indicateurs qui globalement reflètent des valeurs de production et de consommation.
L’interdépendance, entre l’activité humaine la nature et les impacts de l’un sur l’autre, qui existe depuis toujours est aujourd’hui mesurée. Et nous continuons à ne prendre en compte qu’une partie de ces mesures occultant les autres sous l’emprise, consciente ou inconsciente, du réalisme, du confort, du scepticisme ou d’intérêts divers. Quelle qu’en soit la raison la caractéristique de ne jamais répondre à un intérêt général.
L’activité bancaire est normée, encadrée et réglementée. Il n’y a rien d’illégal aux pratiques en cours, si ce n’est que les impacts ne répondent plus aux enjeux globaux et aux défis auxquels est confrontée l’humanité. Pour rester sur le domaine d’activité que je connais le mieux, il semble nécessaire aujourd’hui d’intégrer dans les processus de décision ce qui existe depuis toujours, l’interdépendance entre les hommes, leurs activités et leurs environnements.
Il est certes plus facile de l’écrire que de le mettre en œuvre, mais il est à présent impératif de prendre en considération la complexité dans les modes de gouvernances, de décisions et d’actions. Il faut passer d’un mode de décision basé sur le seul registre des critères financiers à un mode qui intègre les notions d’interdépendance. Les process de décision seront multicritères intégrant des valeurs à court terme et des valorisations d’impacts à moyen/long terme. Aux réalisations qui se mesurent sur un temps court nous ferions cohabiter les effets induits aux impacts à diffusion plus lente. Et à ceux qui objecteraient la complexité du nouveau process je répondrais qu’il est le reflet du monde vivant qui nous nourrit tous.
Mesurer seulement en équivalent financier une activité, une réalisation, un dispositif en les dissociant de tous leurs impacts directs ou indirects n’a plus de sens. De même réaliser des analyses, des diagnostics et prendre des décisions sans intégrer l’interdépendance consolide le modèle en vigueur et ses effets.
L’enjeu à relever est celui de l’intégration dans les processus de décision des indicateurs déjà existants sur les sphères financières, sociales, sociétales et environnementales. Pour rester concret, j’illustrerai par un exemple qui parle aux Corses.
Il se situe sur le périmètre de l’activité économique touristique, et plus précisément sur l’activité des bateaux de croisière. Le sujet de savoir si l’activité croisière est à pérenniser, voire à intensifier, recueille des avis que tout oppose suivant que l’on soit partisan ou détracteur de ce modèle.
Les premiers indiquent que l’activité apporte un flux financier de près de 30 M€ sur l’économie du grand Ajaccio et qu’il est impensable de s’en priver. Dit ainsi, et le chiffrage est bien celui-ci, il est diffcile d’opposer une alternative sur le simple registre monétaire. Il est évident que 5 à 6000 personnes (et oui c’est bien la capacité de ces navires !) débarquant d’un bateau consomment.
Les seconds exposent les nuisances visuels (les bateaux à quai ont la hauteur d’un immeuble de dix étages), les nuisances sonores, les nuisances environnementales ainsi que le fait que le centre-ville se trouve rapidement « gonflé » par un afflux de population de 5 à 6000 personnes pour une journée qui le plus souvent déambulent dans les rues.
Nous sommes clairement dans un modèle qui crée de la valeur monétaire en temps réel sans en mesurer les impacts plus diffus à moyen terme. Sans être exhaustif, ces impacts sont identifiables :
- quelles nuisances environnementales ? Pollution de l’air, bruit des bateaux à quai.
- Quel est le pouvoir d’achat des croisiéristes ? Quelle dépense moyenne par croisiériste ?
- Quels impacts sur la nature du commerce ? Le commerce s’adapte et se transforme pour capter cette clientèle; les commerces de proximité mutent en commerces saisonniers.
- La ville ne perd-elle pas son âme ?
Et même si le chiffre d’affaires généré demeure essentiel, la question du modèle se pose.
- Des croisiéristes plus qualitatifs (plus fortunés) ont un pouvoir d’achat 100 fois supérieur aux croisiéristes de masse.
- Cinq hôtels 5* de 40 chambres génèrent plus de chiffre d’affaires que le modèle actuel des croisières avec en sus des emplois qualifiés, pour partie locaux, et de surcroit des entités insérées dans un écosystème plus large et plus durable.
- Ces clientèles sont susceptibles de consommer différemment.
Même si la référence de la richesse est toujours la valeur financière, force est de constater que cette richesse là est importante mais très concentrée. Surtout elle répond aux attentes d’un nombre restreint mais ne sert pas ou très peu la société dans ses composantes sociétales et environnementales, voire se développe à son détriment de façon intensive.
De mon point de vue, pour définir la notion de richesse, les critères doivent être lus et analysés en complémentarité et en interdépendance. Appliquer cette nouvelle grille de lecture conduit à modifier profondément la notion de richesse. Car consciemment ou inconsciemment le plus grand nombre subit à des degrés divers les impacts du modèle qui pour fabriquer de la richesse financière ponctionne sans limite les ressources. Cependant comme les impacts ont des effets divers et variés, et concernent différemment les territoires et les populations la lecture globalisée n’est pas accessible, ou si elle existe n’est pas communiquée.
Par conséquence les inflexions concrètes sont très en-deçà de l’urgence, et l’urgence n’est pas une préoccupation partagée. Des raisons majeures, de mon point de vue, expliquent la situation.
Une de celles-ci est que le modèle dominant explique que la création de richesse financière est la résultante de la mobilisation des ressources, de leur exploitation et de leur transformation. C’est ce qui est en œuvre à très grande échelle.
Une autre est que la notion d’urgence est battue en brèche par les partisans du modèle qui expliquent que la technologie apportera les réponses aux problématiques. Mais surtout la notion de temporalité n’est pas une composante de la définition, et pour cause. La production de la richesse financière se crée dans un temps très court alors que les impacts sur un temps long relèvent d’une multitude de critères.
Si j’ose apporter un commentaire sur la technologie, arme et refuge des défenseurs du modèle, il est évident qu’elle est susceptible d’apporter assistance et solutions aux problématiques. J’y mettrai le préalable de ne pas la dissocier de la science qui, par nature, interroge et remet en cause perpétuellement son art.
La technologie a pour caractéristique de ne répondre qu’aux problèmes que l’on lui soumet. Et en l’espèce concentrée entre les mains du modèle elle apporte des solutions à la préoccupation principale du modèle : « comment créer toujours plus de richesse financière ».
Les critères d’une nouvelle définition de la richesse
Les exemples cités mettent en évidence que les critères financiers habituellement utilisés peuvent se compléter avec des valeurs issues d’autres sphères. Les indicateurs relevant de ces sphères non financières, compte tenu de l’interdépendance, ont de facto une incidence financière. Souvent indirecte, c’est pour cette raison qu’ils sont très peu intégrés, mais avec un impact financier certain à moyen terme. L’impact financier sera majoritairement sociétal et marginal pour l’entreprise concernée.
Pour illustrer, je prends l’exemple d’investissements réalisés pour un moyen de transport ou pour des travaux immobiliers dans une entreprise. La nature des biens financés et leurs impacts en termes de pollution, de contribution à la réduction des gaz à effet de serre, ne sont pas intégrés dans l’approche financière. Alors que sur un temps plus long les effets sur la qualité de vie, la santé et le dérèglement climatique sont aujourd’hui avérés.
Ces effets sont mesurables, et leurs incidences financières mesurées. Mais ces dernières, très importantes, restent diluées et supportées par ce que l’on appelle de façon confuse la société.
Les critères sociétaux
Étant admis le principe d’interdépendance, il convient de définir des critères sociétaux pertinents parmi la multitude d’indicateurs potentiels. Il est nécessaire d’identifier dans le cadre d’un investissement, les principaux fondamentaux qui régissent le fonctionnement de l’entité qui investit.
Dans ce cadre, les composantes humaines, le mode de gouvernance et la prise en compte des impacts de la société sur l’environnement me semblent constituer un triptyque qui complète les critères financiers pour une prise de décision: 1/ la sphère humaine regroupant le dispositif de formation, les conditions de la mobilité... 2/ Le mode de gouvernance mettant en relief la mixité dans les organes de décision, le niveau de décentralisation des prises de décision… 3/ Les impacts sur l’environnement pouvant se mesurer au travers d’ambitions pour la réduction de l’impact carbone.
Le cadre formel
Afin que « ces nouveaux critères » aient du poids dans le processus de décision, il convient de les inclure dans les politiques de distribution du crédit. Aujourd’hui les critères et ratios financiers ont un poids déterminant dans le processus de décision.
Pour illustrer l’importance du cadre (de la politique de distribution), une situation qui se présente régulièrement:
une entreprise peut présenter de très bons ratios financiers sans faire preuve d’attention et de responsabilité sur les dimensions sociétales; elle aura accès sans aucune difficulté au financement. Nous sommes précisément dans la temporalité évoquée en amont. Une richesse financière certaine qui s’exprime à l’instant « t », sans projection à terme tant sur sa durabilité intrinsèque et sur son impact environnemental.
La question de la richesse ne se limite pas à son aspect financier mais doit mettre en commun différents acteurs et interlocuteurs. L’exemple met tout de même évidence plusieurs sujets, dont:
Pour autant, les acteurs ne peuvent pas tout supporter et doivent trouver des appuis. Faute de quoi le sujet restera une affaire de sensibilité individuelle, partagé certes mais, cantonné au rôle de l’accessoire, ou utilisé de façon aléatoire pour servir d’alibi. Il est donc indispensable de définir un cadre réglementaire qui de fait s’imposera aux acteurs.
Le cadre de la loi
La loi fixe un cadre commun et permet entre autres d’encadrer la vie économique et sociale et de protéger les personnes. Ce cadre commun a pour vocation de permettre aux gens de vivre ensemble et d’organiser la société.
L’activité bancaire est une activité très normée et encadrée, autour de critères financiers, d’éthique et de respect du cadre législatif général (ex: « il est interdit de financer le terrorisme »). Cependant le sujet de la richesse tel qu’il est abordé dans ce texte, n’est pas adressé par la réglementation bancaire. En effet le financement d’un véhicule diesel, essence ou électrique s’effectue sans différence alors que les impacts sont eux assez différents De même le financement d’une collectivité pour des travaux de voirie s’effectuera sans distinction entre une réalisation en enrobé, béton ou en matériau drainant les eaux de pluie. Là aussi les impacts sur l’environnement sont très différents.
Il s’agit de simples illustrations pour mettre en évidence la limite du cadre légal qui ne répond que très partiellement pas à la création de richesse. À ce stade, il apparait nécessaire de faire évoluer le cadre par l’intégration de nouvelles notions pour redéfinir le caractère légal. Il serait présomptueux d’avoir les idées très claires et parfaitement arrêtées sur le contenu.
Cependant en poursuivant sur des exemples issus de mon expérience professionnelle, il est facile de comprendre les marges de manœuvres existantes. Je citerai le cas de deux entreprises qui œuvrent dans la rénovation immobilière.
Pour illustrer, je prends l’exemple d’investissements réalisés pour un moyen de transport ou pour des travaux immobiliers dans une entreprise. La nature des biens financés et leurs impacts en termes de pollution, de contribution à la réduction des gaz à effet de serre, ne sont pas intégrés dans l’approche financière. Alors que sur un temps plus long les effets sur la qualité de vie, la santé et le dérèglement climatique sont aujourd’hui avérés.
Ces effets sont mesurables, et leurs incidences financières mesurées. Mais ces dernières, très importantes, restent diluées et supportées par ce que l’on appelle de façon confuse la société.
Les critères sociétaux
Étant admis le principe d’interdépendance, il convient de définir des critères sociétaux pertinents parmi la multitude d’indicateurs potentiels. Il est nécessaire d’identifier dans le cadre d’un investissement, les principaux fondamentaux qui régissent le fonctionnement de l’entité qui investit.
Dans ce cadre, les composantes humaines, le mode de gouvernance et la prise en compte des impacts de la société sur l’environnement me semblent constituer un triptyque qui complète les critères financiers pour une prise de décision: 1/ la sphère humaine regroupant le dispositif de formation, les conditions de la mobilité... 2/ Le mode de gouvernance mettant en relief la mixité dans les organes de décision, le niveau de décentralisation des prises de décision… 3/ Les impacts sur l’environnement pouvant se mesurer au travers d’ambitions pour la réduction de l’impact carbone.
Le cadre formel
Afin que « ces nouveaux critères » aient du poids dans le processus de décision, il convient de les inclure dans les politiques de distribution du crédit. Aujourd’hui les critères et ratios financiers ont un poids déterminant dans le processus de décision.
Pour illustrer l’importance du cadre (de la politique de distribution), une situation qui se présente régulièrement:
une entreprise peut présenter de très bons ratios financiers sans faire preuve d’attention et de responsabilité sur les dimensions sociétales; elle aura accès sans aucune difficulté au financement. Nous sommes précisément dans la temporalité évoquée en amont. Une richesse financière certaine qui s’exprime à l’instant « t », sans projection à terme tant sur sa durabilité intrinsèque et sur son impact environnemental.
La question de la richesse ne se limite pas à son aspect financier mais doit mettre en commun différents acteurs et interlocuteurs. L’exemple met tout de même évidence plusieurs sujets, dont:
- En tout premier lieu atténuer le poids des seuls critères financiers car trop restrictifs pour exprimer la richesse
- L’introduction de critères sociétaux dans le processus de valorisation car ils enrichissent la richesse par une lecture plus durable
- La complexité à définir des règles de « cohabitation » entre ces critères de registres et de portée très différents. Néanmoins la complexité ne saurait constituer un obstacle, car consubstantielle du monde vivant, et doit s’appréhender en intégrant ses caractéristiques.
Pour autant, les acteurs ne peuvent pas tout supporter et doivent trouver des appuis. Faute de quoi le sujet restera une affaire de sensibilité individuelle, partagé certes mais, cantonné au rôle de l’accessoire, ou utilisé de façon aléatoire pour servir d’alibi. Il est donc indispensable de définir un cadre réglementaire qui de fait s’imposera aux acteurs.
Le cadre de la loi
La loi fixe un cadre commun et permet entre autres d’encadrer la vie économique et sociale et de protéger les personnes. Ce cadre commun a pour vocation de permettre aux gens de vivre ensemble et d’organiser la société.
L’activité bancaire est une activité très normée et encadrée, autour de critères financiers, d’éthique et de respect du cadre législatif général (ex: « il est interdit de financer le terrorisme »). Cependant le sujet de la richesse tel qu’il est abordé dans ce texte, n’est pas adressé par la réglementation bancaire. En effet le financement d’un véhicule diesel, essence ou électrique s’effectue sans différence alors que les impacts sont eux assez différents De même le financement d’une collectivité pour des travaux de voirie s’effectuera sans distinction entre une réalisation en enrobé, béton ou en matériau drainant les eaux de pluie. Là aussi les impacts sur l’environnement sont très différents.
Il s’agit de simples illustrations pour mettre en évidence la limite du cadre légal qui ne répond que très partiellement pas à la création de richesse. À ce stade, il apparait nécessaire de faire évoluer le cadre par l’intégration de nouvelles notions pour redéfinir le caractère légal. Il serait présomptueux d’avoir les idées très claires et parfaitement arrêtées sur le contenu.
Cependant en poursuivant sur des exemples issus de mon expérience professionnelle, il est facile de comprendre les marges de manœuvres existantes. Je citerai le cas de deux entreprises qui œuvrent dans la rénovation immobilière.
- La première a fait le choix de travailler en priorisant des matériaux à impact carbone nul avec des normes énergétiques et phoniques au-delà des exigences et en privilégiant des ressources énergétiques décarbonées. Le personnel est sensibilisé et régulièrement formé sur les sujets qui relèvent de la responsabilité sociétale des entreprises.
- La seconde a pris l’option de satisfaire les demandes en adaptant ses prestations aux budgets des clients. Elle travaille en respectant les normes minimales, et les moyens de production mobilisés (matériaux, énergie, ressources humaines..) répondent à la meilleure rentabilité possible.
Conclusion
A la question « c’est quoi la richesse ? » , j'ai essayé de répondre en démontrant que la définition actuelle est trop restrictive et en écart avec les attentes et besoins collectifs fondamentaux de la société.
C’est ainsi qu’à la réponse financière (€ ou $) pour définir la richesse je suis convaincu qu’il faut y introduire des critères sociaux, environnementaux, qui peuvent aussi se traduire en $ ou € mais en monétisant dans le temps leurs impacts ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Nous sommes en présence de deux visions de la société vivante. La première basée sur du profit financier massif à court terme proliférant sur la prédation des ressources, condition de son existence et de sa survie. Ce modèle est très dépendant du caractère univoque et décarrelé du monde dans lequel il évolue.
La seconde dont la prise en compte du vivant constitue sa pierre angulaire car le vivre ensemble est une réalité ne peut ni être occultée ni sacrifiée. Et par conséquence la place de l’humain, le respect de la nature, le souci de sa pérennisation et la préoccupation de la transmission aux générations futures est au cœur du modèle.
C’est précisément parce que la prise en compte du vivant est un exercice complexe que le sujet est de dimension politique. La responsabilité politique est de créer les conditions du vivre ensemble et de la vision partagée. Et la question initiale se transforme en : « Que considère t-on comme une richesse ? »
À cette question, les réponses délivrées par le traitement politique du sujet conduiront les citoyens (à titre individuel, organisés en association, acteurs économiques) à déterminer leur investissement, leur contribution et leurs actions à la pérennisation de cette richesse commune.
Ce constat pourrait conduire à une résignation généralisée, au prétexte que le combat est totalement déséquilibré face à la puissance financière. Je suis convaincu du contraire car la prise de conscience par la sensibilisation du plus grand nombre est inéluctable et ce processus ne connaitra plus que le seul mouvement de la marche en avant. Les limites sont atteintes et dépassées !! À quelles limites faisons-nous référence ?
J’évoquais précédemment la timidité et l’insuffisance des inflexions. Néanmoins celles qui existent doivent participer à la définition de la richesse. Pour illustrer le propos je prendrai l’exemple de cas qui nous sont familiers, sans pour autant considérer qu’ils soient la référence.
Les limites fixées par les bâtiments de France ou par la protection des espaces remarquables, contraignent légalement les interventions possibles dans le seul but de préserver la richesse. Nous sommes précisément dans la définition d’un critère composant la richesse. Tant au niveau des impacts liés à la mobilisation des ressources naturelles, qu’aux conditions humaines d’habiter les ingrédients sont réunies pour l’acceptation de limites au service de la richesse collective.
Je suis également convaincu qu’il n’y aura pas un grand soir de la prise de conscience des dirigeants politiques mondiaux, car ils sont aujourd’hui des chefs d’orchestre sans autorité ni responsabilité sur l’orchestre, qui joue la partition du capitalisme exacerbé. Mais cette partition, basée sur une définition unique de la richesse, porte en elle les conditions de la disparition de la richesse collective.
Si le grand soir ne viendra pas par le haut, il émergera par le bas sous l'impulsion des initiatives locales, territoriales et citoyennes. Car le droit est aussi une réaction aux aspirations, mouvements ou usages de la société, et est donc évolutif pour y répondre. Les exemples sont nombreux allant des initiatives citoyennes, aux actions associatives, aux initiatives d’acteurs économiques privés ainsi qu’aux actions de collectivités sur des micro-échelles ou sur celle plus probante du territoire.
Adaptés à chaque localité, micro-région, territoire, impulsées par les citoyens ces initiatives auront un double impact. Le premier celui de créer des communautés agissantes sur le sujet et le second de détourner des consommateurs du modèle actuel, modèle qui ne se pérennise que grâce aux consommateurs.
Ce travail, de réflexions et suggestions retranscrites dans ce texte, vise à servir de support à des confrontations ultérieures, pour enrichir le sujet et imaginer des mises en œuvre concrètes.
C’est ainsi qu’à la réponse financière (€ ou $) pour définir la richesse je suis convaincu qu’il faut y introduire des critères sociaux, environnementaux, qui peuvent aussi se traduire en $ ou € mais en monétisant dans le temps leurs impacts ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Nous sommes en présence de deux visions de la société vivante. La première basée sur du profit financier massif à court terme proliférant sur la prédation des ressources, condition de son existence et de sa survie. Ce modèle est très dépendant du caractère univoque et décarrelé du monde dans lequel il évolue.
La seconde dont la prise en compte du vivant constitue sa pierre angulaire car le vivre ensemble est une réalité ne peut ni être occultée ni sacrifiée. Et par conséquence la place de l’humain, le respect de la nature, le souci de sa pérennisation et la préoccupation de la transmission aux générations futures est au cœur du modèle.
C’est précisément parce que la prise en compte du vivant est un exercice complexe que le sujet est de dimension politique. La responsabilité politique est de créer les conditions du vivre ensemble et de la vision partagée. Et la question initiale se transforme en : « Que considère t-on comme une richesse ? »
À cette question, les réponses délivrées par le traitement politique du sujet conduiront les citoyens (à titre individuel, organisés en association, acteurs économiques) à déterminer leur investissement, leur contribution et leurs actions à la pérennisation de cette richesse commune.
Ce constat pourrait conduire à une résignation généralisée, au prétexte que le combat est totalement déséquilibré face à la puissance financière. Je suis convaincu du contraire car la prise de conscience par la sensibilisation du plus grand nombre est inéluctable et ce processus ne connaitra plus que le seul mouvement de la marche en avant. Les limites sont atteintes et dépassées !! À quelles limites faisons-nous référence ?
J’évoquais précédemment la timidité et l’insuffisance des inflexions. Néanmoins celles qui existent doivent participer à la définition de la richesse. Pour illustrer le propos je prendrai l’exemple de cas qui nous sont familiers, sans pour autant considérer qu’ils soient la référence.
Les limites fixées par les bâtiments de France ou par la protection des espaces remarquables, contraignent légalement les interventions possibles dans le seul but de préserver la richesse. Nous sommes précisément dans la définition d’un critère composant la richesse. Tant au niveau des impacts liés à la mobilisation des ressources naturelles, qu’aux conditions humaines d’habiter les ingrédients sont réunies pour l’acceptation de limites au service de la richesse collective.
Je suis également convaincu qu’il n’y aura pas un grand soir de la prise de conscience des dirigeants politiques mondiaux, car ils sont aujourd’hui des chefs d’orchestre sans autorité ni responsabilité sur l’orchestre, qui joue la partition du capitalisme exacerbé. Mais cette partition, basée sur une définition unique de la richesse, porte en elle les conditions de la disparition de la richesse collective.
Si le grand soir ne viendra pas par le haut, il émergera par le bas sous l'impulsion des initiatives locales, territoriales et citoyennes. Car le droit est aussi une réaction aux aspirations, mouvements ou usages de la société, et est donc évolutif pour y répondre. Les exemples sont nombreux allant des initiatives citoyennes, aux actions associatives, aux initiatives d’acteurs économiques privés ainsi qu’aux actions de collectivités sur des micro-échelles ou sur celle plus probante du territoire.
Adaptés à chaque localité, micro-région, territoire, impulsées par les citoyens ces initiatives auront un double impact. Le premier celui de créer des communautés agissantes sur le sujet et le second de détourner des consommateurs du modèle actuel, modèle qui ne se pérennise que grâce aux consommateurs.
Ce travail, de réflexions et suggestions retranscrites dans ce texte, vise à servir de support à des confrontations ultérieures, pour enrichir le sujet et imaginer des mises en œuvre concrètes.