In Doc(k)s Corsica, 1979
La revue Doc(k)s a été fondée en 1976 à Marseille par le poète et artiste Julien Blaine qui cherche d’emblée à y faire apparaître la poésie dans ce qu'elle a de plus divers. Au fil des premiers numéros, la revue explore les formes visuelles, sonores et expérimentale à travers le monde, et documente notamment des pratiques poétiques issues de cultures méconnues en Europe en général et en France en particulier.
Doc(k)s Corsica
Ours Doc(k)s Corsica 1979
C’est ainsi dans le cadre d’une série vouée à documenter « le nouveau dire des peuples interdits », qu’en 1979 Julien Blaine envisage un numéro « Corsica ». Il est en effet en contact depuis plusieurs années avec Philippe Castellin, agrégé de philosophie et poète désormais installé à Ajaccio. Ce dernier, actif depuis le début des années 1970 dans le champ de la poésie visuelle, est déjà contributeur de Doc(k)s et accepte de coordonner ce numéro spécial.
Feuilleter un exemplaire du Doc(k)s « Corsica » aujourd’hui, soit plus de 46 ans après sa sortie, procure son lot de surprises et d’éblouissements : sur plus de 100 pages alternent créations graphiques, linguistiques et littéraires, mêlées de critique politique mordante ; le tout signé d’un collectif d’artistes dont on ne penserait plus à associer les noms, tant, vus d’aujourd’hui, les chemins du Riacquistu paraissent éloignés des audaces underground.
Eppuru ! Parmi les contributeurs de cet opus, on retrouve ainsi aussi bien des profils comme Christian et Ghjuvan Ghjacumu Andreani, Saveriu Valentini ou Ghjuvan Paulu Poletti, qui sont devenus des grands noms du renouveau de la tradition poétique et musicale, que des artistes comme Jean Torregrossa, Claudine Carette, Anghjulu Francescu Filippi, Hervé Costa ou Dominique Corrieras qui sont restés des expérimentateurs des marges.
C’est qu’ils étaient alors tous les tenants d’une contre-culture – et soit dit en passant, la langue corse s’y trouvait fort bien servie.
Feuilleter un exemplaire du Doc(k)s « Corsica » aujourd’hui, soit plus de 46 ans après sa sortie, procure son lot de surprises et d’éblouissements : sur plus de 100 pages alternent créations graphiques, linguistiques et littéraires, mêlées de critique politique mordante ; le tout signé d’un collectif d’artistes dont on ne penserait plus à associer les noms, tant, vus d’aujourd’hui, les chemins du Riacquistu paraissent éloignés des audaces underground.
Eppuru ! Parmi les contributeurs de cet opus, on retrouve ainsi aussi bien des profils comme Christian et Ghjuvan Ghjacumu Andreani, Saveriu Valentini ou Ghjuvan Paulu Poletti, qui sont devenus des grands noms du renouveau de la tradition poétique et musicale, que des artistes comme Jean Torregrossa, Claudine Carette, Anghjulu Francescu Filippi, Hervé Costa ou Dominique Corrieras qui sont restés des expérimentateurs des marges.
C’est qu’ils étaient alors tous les tenants d’une contre-culture – et soit dit en passant, la langue corse s’y trouvait fort bien servie.
Les années Akenaton
Performance Akenaton, Tout poème vole, Ajaccio
À la suite de ce numéro de Doc(k)s, des liens d’amitié se développent entre Philippe Castellin et Jean Torregrosa, plasticien qui est aussi son collègue d’art au lycée Fesch. Les échanges intellectuels et artistiques s’intensifient et en 1984, ils créent le groupe artistique trans-média Akenaton. Sous cette identité commune, ils cherchent à développer des pratiques dans les zones frontières de la création contemporaine, et tentent de « construire des espaces de langage ».
Pour y parvenir, ils procèdent à des déplacements de perspective. Ils peuvent ainsi envisager la fabrication d'un livre comme une performance ou comme une installation ; ou réciproquement envisager l'installation ou la performance comme une variante de l'écriture hors-page ; ou encore agrandir le territoire et le langage de la poésie visuelle par le recours au travail in-situ, à la vidéo ou à la programmation informatique.
D'un point de vue formel, leur recherche se cristallise autour d'un intérêt particulier pour la structure granulaire, plus petit dénominateur commun entre ces différents domaines : du grain à la trame, de la trame au pixel, de la semence à la poussière, de la poussière à la lumière et au parpaing... Ils réalisent ainsi un grand nombre d’interventions dans différents lieux internationaux de la performance poétique contemporaine comme dans les circuits liés à l’art contemporain.
Leur pratique, leur énergie et leur contribution régulière à Doc(k)s les désignent comme les parfaits successeurs de Julien Blaine lorsque celui-ci, au début des années 1990, décide de quitter la direction de la revue. Sous la houlette d’Akenaton, de 1991 à 2021, Doc(k)s sera donc dirigée, éditée et imprimée à Ajaccio. S’ils conservent l’esprit de la revue, Philippe Castellin et Jean Torregrosa enrichissent très vite l’aventure en explorant les relations avec les nouveaux médias. Ils commencent en effet à nouer une liaison créative puissante au numérique alors naissant (web, CD, DVD, poésie programmée, etc.), ce qui confère bientôt à la revue une nouvelle notoriété internationale. Le multilinguisme s’amplifie encore au fil des numéros, et le comité éditorial devient lui aussi international.
En 2021, la disparition brutale de Philippe Castellin interrompt la dynamique et l’avenir de la revue s’obscurcit.
Pour y parvenir, ils procèdent à des déplacements de perspective. Ils peuvent ainsi envisager la fabrication d'un livre comme une performance ou comme une installation ; ou réciproquement envisager l'installation ou la performance comme une variante de l'écriture hors-page ; ou encore agrandir le territoire et le langage de la poésie visuelle par le recours au travail in-situ, à la vidéo ou à la programmation informatique.
D'un point de vue formel, leur recherche se cristallise autour d'un intérêt particulier pour la structure granulaire, plus petit dénominateur commun entre ces différents domaines : du grain à la trame, de la trame au pixel, de la semence à la poussière, de la poussière à la lumière et au parpaing... Ils réalisent ainsi un grand nombre d’interventions dans différents lieux internationaux de la performance poétique contemporaine comme dans les circuits liés à l’art contemporain.
Leur pratique, leur énergie et leur contribution régulière à Doc(k)s les désignent comme les parfaits successeurs de Julien Blaine lorsque celui-ci, au début des années 1990, décide de quitter la direction de la revue. Sous la houlette d’Akenaton, de 1991 à 2021, Doc(k)s sera donc dirigée, éditée et imprimée à Ajaccio. S’ils conservent l’esprit de la revue, Philippe Castellin et Jean Torregrosa enrichissent très vite l’aventure en explorant les relations avec les nouveaux médias. Ils commencent en effet à nouer une liaison créative puissante au numérique alors naissant (web, CD, DVD, poésie programmée, etc.), ce qui confère bientôt à la revue une nouvelle notoriété internationale. Le multilinguisme s’amplifie encore au fil des numéros, et le comité éditorial devient lui aussi international.
En 2021, la disparition brutale de Philippe Castellin interrompt la dynamique et l’avenir de la revue s’obscurcit.
Nouvelle équipe, entre Paris, Bastia et le monde
Si la mort soudaine de Philippe Castellin ébranle la communauté Doc(k)s, de nouvelles énergies, convaincues que la revue ne peut s’arrêter, se manifestent pour reprendre le flambeau.
Depuis quelques années en effet, une étroite relation s’est nouée entre Akenaton et le collectif Poésie is not dead mené par François Massut.
En 2018, Poésie is not dead avait organisé une exposition rétrospective de la revue dans le musée Arthur Rimbaud. Il se sent prêt à poursuivre l’aventure de Doc(k)s, mais envisage très vite un binôme, qu’il trouve en la personne de Xavier Dandoy de Casabianca. Ce poète, typographe et contributeur de Doc(k)s depuis des années, est aussi et surtout éditeur, installé à Bastia. La revue restera donc ancrée en Corse, grâce aux éditions Eoliennes.
Une nouvelle série s’élance donc en 2023, envisagée comme un "Laboratoire expérimental des langages poétiques". Si elle s’inscrit dans la continuité éditoriale des précédentes, elle intègre toutefois de nouvelles sections, notamment un chapitre dédié à la typographie expérimentale. Le format multimédia évolue (Poésie Sonore, Poésie Action/Performances, Vidéos-Poèmes, Poésie Numérique), le DVD étant remplacé par une carte USB et la création de QR codes renvoyant à la chaîne Youtube de la revue.
En 2024, pour célébrer ce renouveau, la Bibliothèque universitaire de Corte accueille une grande exposition Doc(k)s, 50 ans de poésie expérimentale entre la Corse et le monde. Outre les reproductions de centaines de pages de dizaines de numéros de la revue, l’exposition souligne la place des contributeurs corses qui n’ont jamais cessé de faire vivre la poésie expérimentale sur l’île. Au-delà d’Akenaton, des contributeurs du numéro Doc(k)s Corsica de 1979 ou de Xavier Dandoy de Casabianca, on peut citer les artistes et écrivains Agnès Accorsi, Sylvana Perigot, Laure Limongi, Vannina Maestri, Léa Eouzan, Trompez la Mort, Nitcheva, Laetitia Carlotti, Jean-Joseph Albertini, Arianne Maugery et Cora Laba.
Un nouveau numéro vient de paraître, avec plus de 200 contributeurs et 456 pages de poésie écrite, visuelle, concrète, sonore, numérique ou typographique. Née à Bastia, Paris et tout autour du monde.
Depuis quelques années en effet, une étroite relation s’est nouée entre Akenaton et le collectif Poésie is not dead mené par François Massut.
En 2018, Poésie is not dead avait organisé une exposition rétrospective de la revue dans le musée Arthur Rimbaud. Il se sent prêt à poursuivre l’aventure de Doc(k)s, mais envisage très vite un binôme, qu’il trouve en la personne de Xavier Dandoy de Casabianca. Ce poète, typographe et contributeur de Doc(k)s depuis des années, est aussi et surtout éditeur, installé à Bastia. La revue restera donc ancrée en Corse, grâce aux éditions Eoliennes.
Une nouvelle série s’élance donc en 2023, envisagée comme un "Laboratoire expérimental des langages poétiques". Si elle s’inscrit dans la continuité éditoriale des précédentes, elle intègre toutefois de nouvelles sections, notamment un chapitre dédié à la typographie expérimentale. Le format multimédia évolue (Poésie Sonore, Poésie Action/Performances, Vidéos-Poèmes, Poésie Numérique), le DVD étant remplacé par une carte USB et la création de QR codes renvoyant à la chaîne Youtube de la revue.
En 2024, pour célébrer ce renouveau, la Bibliothèque universitaire de Corte accueille une grande exposition Doc(k)s, 50 ans de poésie expérimentale entre la Corse et le monde. Outre les reproductions de centaines de pages de dizaines de numéros de la revue, l’exposition souligne la place des contributeurs corses qui n’ont jamais cessé de faire vivre la poésie expérimentale sur l’île. Au-delà d’Akenaton, des contributeurs du numéro Doc(k)s Corsica de 1979 ou de Xavier Dandoy de Casabianca, on peut citer les artistes et écrivains Agnès Accorsi, Sylvana Perigot, Laure Limongi, Vannina Maestri, Léa Eouzan, Trompez la Mort, Nitcheva, Laetitia Carlotti, Jean-Joseph Albertini, Arianne Maugery et Cora Laba.
Un nouveau numéro vient de paraître, avec plus de 200 contributeurs et 456 pages de poésie écrite, visuelle, concrète, sonore, numérique ou typographique. Née à Bastia, Paris et tout autour du monde.
Pour en savoir plus
Le sommaire du nouveau numéro de Doc(k)s est disponible ici https://www.editionseoliennes.fr/livre-209-revue-docks-n-2