Stefania Gallegati, Isola 13
“L’una tende a fare del linguaggio un elemento senza peso, che aleggia sopra le cose come una nube, o meglio un pulviscolo sottile, o meglio ancora come un campo d’impulsi magnetici; l’altra tende a comunicare al linguaggio il peso, lo spessore, la concretezza delle cose, dei corpi, delle sensazioni” – Italo Calvino, da Lezioni americane (1988).
Italo Calvino parle de littérature dans ses discours préparés pour Harvard, l’année académique 1984-1985, il pourrait évoquer nos langues : la littérature et ses langues multiples sont entre elles une évidence. Entre elles, parce qu’elles ont le pouvoir de diffuser une pensée, et derrière la pensée, la langue originelle. Et c’est par elles, qu’elles soient choisies par l’auteur ou qu’elles s’imposent à lui, qu’un récit devient plus poétique, ou plus romanesque, autre. De leurs mots, elles saupoudrent de magie ce qui est écrit, lu, dit à voix haute ou murmuré en solitude. Nos langues donnent leur subtilité aux phrases, se les approprient, les transforment en elementi apparemment senza peso, qui ne sont pas légèreté mais vision, proche ou lointaine, en devenir, ou bien elles tendent a comunicare lo spessore des êtres et des lieux. Ces « éléments » ne sont pas contradictoires, ils sont l’origine, le suc des diversités linguistiques, des cultures, auxquelles nous appartenons. L’appartenance, plus forte que l’identité, plus mutable. Dans le vif de ces meta-lingue qui se créent : "mutable", j’ai cherché, n’existe pas : ce serait "mouvant" sans doute, mutabile en Italien.
Pancia, coeur, anima
Je suis née en Français et en Corse, je vis en Italien depuis... un quart de siècle. Désormais possiedo (ici le verbe possedere que je n’aime pas beaucoup n’est pas un carcan imposé, une limitation) una pancia italiana, un cœur français, l’anima corsa. Trois définitions brèves et instinctives qui peuvent évoluer encore. Se laisser porter par une langue n’est pas un choix, la langue nous choisit, nous choisissons de l’explorer, de la laisser vivre. L’Italien scorre, molto profondo e poetico, una linfa vitale con parole da imparare sempre, le Français a une dimension romanesque très forte, le Corse ces racines indélébiles qui forgent la pensée sans doute ou insinuent le doute, permanent. En quelle langue ? Ici, ailleurs ? Si elles s’imposent, les langues n’imposent pas de restriction d’identité, elles la libèrent, c’est ce qui les rend précieuses, audacieuses : la liberté d’écrire dans plusieurs langues est un don, une expérience littéraire inouïe. Un élan jamais assouvi tant il y a de mots à apprendre, d’auteurs et de phrases, et d’artistes à découvrir. Entre la Corse et l’Italie, langues, quartiers, villages, ne demandent qu’à se croiser plus souvent, à croiser leurs talents, leurs attentes, non pas en miroir comme l’on pourrait croire, mais en prenant chez l’un ce que l’autre a de différent, et en le restituant au monde, ensemble.
La pancia c’est très fort, ce sont les tripes, les émotions. J’ai appris l’Italien à l’école, notamment avec Pierre Tognetti au collège Jean Nicoli de Propriano et Jean-Luc Santoni au lycée Clémenceau de Sartène. Avec lui, au-delà de la langue, nous entrions dans l’histoire, entre Corse et Italie. J’ai ensuite découvert les auteurs, le cinéma, italiens. Mes expériences de villes italiennes sont liées à des auteurs, à Ferrara à Giorgio Bassani ou Natalia Ginzburg à Turin par exemple. Bien que le mot soit galvaudé, Il y a une profondeur que je ne retrouve nulle part ailleurs, une exagération de la pensée dans le sens le plus haut du terme. Ce n’est pas de la « couleur locale », c’est une façon d’être au monde. Jusqu’à récemment, j’ai toujours écrit en Français, le cœur des « années de formation ». Mon premier roman – non publié, Les exils, a « servi » d’une certaine manière le recueil de nouvelles Passerelle que j’écrivais en Italien pour me détendre de cette écriture très difficile, et tendue justement, en Français. Si j’osais écrire en Français, me mesurer à des auteurs connus très jeune, il me fallait être pardonnée pour une prose qui n’attendrait pas mes « héros » littéraires, Stendhal, Zola, Baudelaire par dessus tout. L’Italien me sauva, me permit de m’égarer, de me tromper, puisque italienne je ne suis pas – ou presque ?
« O la ricchezza di la to mammucia, u me figliolu tisoru di me... », d’abord una ninninanna chantée par ma grand-mère, et le souvenir très lointain mais nitido d’une revue toute rose avec un dessin qui dit « O Ma’ parlami corsu » : mes deux souvenirs primaires du Corse.
Le Corse, troisième langue au lycée de Sartène, toujours avec Jean-Luc Santoni, et j’aimais par-dessus tout les récits des travaux des champs, les noms des outils oubliés... Quand je suis partie vivre à Paris, un cours du soir de Corse pour à mon tour ne pas les oublier. Pour calmer les angoisses que provoquaient le métro, trop souterrain, en boucle dans le walkman* « O aqua corri corri anaffia ci lu visu e lavaci u coore », les Chjami Aghjalesi. Et puis une compilation des chansons d’Antoine Ciosi avec lequel je me revois, en studio d’enregistrement, les larmes aux yeux de Nustalgia. Dans mes écrits, le Corse passe par là de temps à autre, un mot, une expression. Je regrette qu’il ne soit pas assez présent, je ne le parle que très peu, je le chante très souvent et dans le chant il revient pleinement : je le connais bien, il est la source, l’anima.
L’ambivalence est toujours là, dans les langues, dans la vie, vouloir être ailleurs, être bien partout et ancrée nulle part. Pour le roman Come pietre di fiume, en français Les attitudes du fleuve, c’est un chant de Jean-Paul Poletti qui enveloppe le récit, E muntagne d’Ese. La colonna sonora s’impose au texte.
J’écris désormais certains passages en Français, d’autres en Italien, j’en retraduis certains. L’Italien me semble plus approprié aux divagations heureuses, aux phrases tortueuses, il me pardonne mes erreurs, étant une langue une langue “aïeulienne”. Mes aïeux sont arrivés d’Italie en Corse il y a longtemps, il se peut que je l’aie très simplement retrouvée en décidant de vivre à Rome. Là encore, le doute propice à la rêverie, à la magie, si fa strada: est-ce une décision, un retour imprévu ou un rappel inconscient vers d’autres racines. Les attitudes du fleuve a été écrit en Italien, et traduit en Français par Isabel Violante. La traduction est une grâce accordée à l’auteur, un grand et beau métier. Une fois écrit en Italien mon roman ne m’appartenait plus. Le traduire en Français eut été d’abord une complaisance, une fausse facilité, comme continuer de vivre avec un homme par lassitude. Ensuite, il aurait du être totalement réécrit par l’auteur qui, toute paresse niée ou mise à part, eut fait preuve d’un narcissisme, possible, mais démesuré, persuadé d’être dans le juste alors qu’il se serait paraphrasé. Comment mes personnages eussent-ils réagi se retrouvant ballottés entres ces deux langues? Le fameux « traduttore traditore » se serait appliqué à cet acharnement à leur égard, alors qu’Isabel Violante s’est emparé d’eux et a renouvelé mon intérêt pour une histoire écrite, et quittée, avec bonheur. J’ai eu la chance, connaissant les deux langues, de pouvoir participer pleinement à cette traduction. Nous avons, ensemble, mis le texte à l’épreuve. Elle a récemment imprimé les centaines de mails échangés entre Paris et Rome tandis qu’elle traduisait. Isabel a indiqué des passages qu’en traduisant elle ne comprenait pas bien, elle a donc été aussi un soutien dans la rédaction. Enfin, deux jours durant, nous avons lu à haute voix le texte final en Français pour comprendre si la transmission entre les deux langues scorreva come si deve. Un privilège. C’est pourquoi je considère Les attitudes du fleuve comme notre roman, une œuvre collective qui répond parfaitement à l’original. Quand j’ai émis l’idée qu’il soit traduit en Corse, certains m’ont dit « ce n’est pas la peine, il existe en Italien ». C’est totalement contre ce texte. Avec Alain di Meglio, nous avons évoqué, lors de l’émission « Libraria », l’idée d’un texte théâtral en Corse : sortir du roman serait une manière de laisser le Corse se l’approprier. Là encore, libertà !
La pancia c’est très fort, ce sont les tripes, les émotions. J’ai appris l’Italien à l’école, notamment avec Pierre Tognetti au collège Jean Nicoli de Propriano et Jean-Luc Santoni au lycée Clémenceau de Sartène. Avec lui, au-delà de la langue, nous entrions dans l’histoire, entre Corse et Italie. J’ai ensuite découvert les auteurs, le cinéma, italiens. Mes expériences de villes italiennes sont liées à des auteurs, à Ferrara à Giorgio Bassani ou Natalia Ginzburg à Turin par exemple. Bien que le mot soit galvaudé, Il y a une profondeur que je ne retrouve nulle part ailleurs, une exagération de la pensée dans le sens le plus haut du terme. Ce n’est pas de la « couleur locale », c’est une façon d’être au monde. Jusqu’à récemment, j’ai toujours écrit en Français, le cœur des « années de formation ». Mon premier roman – non publié, Les exils, a « servi » d’une certaine manière le recueil de nouvelles Passerelle que j’écrivais en Italien pour me détendre de cette écriture très difficile, et tendue justement, en Français. Si j’osais écrire en Français, me mesurer à des auteurs connus très jeune, il me fallait être pardonnée pour une prose qui n’attendrait pas mes « héros » littéraires, Stendhal, Zola, Baudelaire par dessus tout. L’Italien me sauva, me permit de m’égarer, de me tromper, puisque italienne je ne suis pas – ou presque ?
« O la ricchezza di la to mammucia, u me figliolu tisoru di me... », d’abord una ninninanna chantée par ma grand-mère, et le souvenir très lointain mais nitido d’une revue toute rose avec un dessin qui dit « O Ma’ parlami corsu » : mes deux souvenirs primaires du Corse.
Le Corse, troisième langue au lycée de Sartène, toujours avec Jean-Luc Santoni, et j’aimais par-dessus tout les récits des travaux des champs, les noms des outils oubliés... Quand je suis partie vivre à Paris, un cours du soir de Corse pour à mon tour ne pas les oublier. Pour calmer les angoisses que provoquaient le métro, trop souterrain, en boucle dans le walkman* « O aqua corri corri anaffia ci lu visu e lavaci u coore », les Chjami Aghjalesi. Et puis une compilation des chansons d’Antoine Ciosi avec lequel je me revois, en studio d’enregistrement, les larmes aux yeux de Nustalgia. Dans mes écrits, le Corse passe par là de temps à autre, un mot, une expression. Je regrette qu’il ne soit pas assez présent, je ne le parle que très peu, je le chante très souvent et dans le chant il revient pleinement : je le connais bien, il est la source, l’anima.
L’ambivalence est toujours là, dans les langues, dans la vie, vouloir être ailleurs, être bien partout et ancrée nulle part. Pour le roman Come pietre di fiume, en français Les attitudes du fleuve, c’est un chant de Jean-Paul Poletti qui enveloppe le récit, E muntagne d’Ese. La colonna sonora s’impose au texte.
J’écris désormais certains passages en Français, d’autres en Italien, j’en retraduis certains. L’Italien me semble plus approprié aux divagations heureuses, aux phrases tortueuses, il me pardonne mes erreurs, étant une langue une langue “aïeulienne”. Mes aïeux sont arrivés d’Italie en Corse il y a longtemps, il se peut que je l’aie très simplement retrouvée en décidant de vivre à Rome. Là encore, le doute propice à la rêverie, à la magie, si fa strada: est-ce une décision, un retour imprévu ou un rappel inconscient vers d’autres racines. Les attitudes du fleuve a été écrit en Italien, et traduit en Français par Isabel Violante. La traduction est une grâce accordée à l’auteur, un grand et beau métier. Une fois écrit en Italien mon roman ne m’appartenait plus. Le traduire en Français eut été d’abord une complaisance, une fausse facilité, comme continuer de vivre avec un homme par lassitude. Ensuite, il aurait du être totalement réécrit par l’auteur qui, toute paresse niée ou mise à part, eut fait preuve d’un narcissisme, possible, mais démesuré, persuadé d’être dans le juste alors qu’il se serait paraphrasé. Comment mes personnages eussent-ils réagi se retrouvant ballottés entres ces deux langues? Le fameux « traduttore traditore » se serait appliqué à cet acharnement à leur égard, alors qu’Isabel Violante s’est emparé d’eux et a renouvelé mon intérêt pour une histoire écrite, et quittée, avec bonheur. J’ai eu la chance, connaissant les deux langues, de pouvoir participer pleinement à cette traduction. Nous avons, ensemble, mis le texte à l’épreuve. Elle a récemment imprimé les centaines de mails échangés entre Paris et Rome tandis qu’elle traduisait. Isabel a indiqué des passages qu’en traduisant elle ne comprenait pas bien, elle a donc été aussi un soutien dans la rédaction. Enfin, deux jours durant, nous avons lu à haute voix le texte final en Français pour comprendre si la transmission entre les deux langues scorreva come si deve. Un privilège. C’est pourquoi je considère Les attitudes du fleuve comme notre roman, une œuvre collective qui répond parfaitement à l’original. Quand j’ai émis l’idée qu’il soit traduit en Corse, certains m’ont dit « ce n’est pas la peine, il existe en Italien ». C’est totalement contre ce texte. Avec Alain di Meglio, nous avons évoqué, lors de l’émission « Libraria », l’idée d’un texte théâtral en Corse : sortir du roman serait une manière de laisser le Corse se l’approprier. Là encore, libertà !
Meta-lingue
Si la metalinguistica « serve per studiare e descrivere una lingua », ceux qui utilisent comme moyen d’expression plusieurs langues et par conséquent des structures linguistiques qui se rencontrent, se chevauchent et se distancient sont porteurs d’une meta-lingua. C’est Ignazio Pappalardo, alors editor de l’éditeur italien Ensemble, qui a qualifié ainsi le son des nouvelles de Passerelle. Parsemer les écrits de mots qui appartiennent à des langues différentes, en inventer parfois et laisser les structures des phrases s’adapter, s’approprier à leur tour une manière de dire, d’écrire, là encore est une immense liberté. La meta-lingua, dans le respect de la langue et du lecteur, ouvre nos imaginations, autorise l’imperfection. C’est sans doute ce que font tous les peuples du monde, inventer leur meta-lingua selon le pays d’où ils viennent, celui ou ils vivent, le passé, le présent et le futur de leurs langues, jamais totalement acquises. L’Italien, le Français, le Corse, sont emplis d’influences diverses. Vannina Bernard-Leoni a demandé quels sont mes mots préférés dans les trois langues de ma vie. J’ai pris le parti de ne pas y penser et de les laisser venir spontanément, ce qui donne : ceruleo, « del colore del cielo sereno, azzurro chiaro » (Treccani). Nuance, « désigne un degré différent ou une déclinaison d’une même couleur » (Larousse). Tribbiera, « battage du blé, de l’avoine » (U Pumunticu). Les mots nous fascinent, nous les aimons, ou nous en détestons certains. Ils façonnent, comme les êtres que nous croisons un instant ou pratiquons longtemps notre rapport aux langues.
Ne pas avoir à choisir
Dans une nouvelle Lettres d’Italie - Horace, j’évoque la vie retirée d’un homme qui raconte que de là où il vit il voit la Corse mais que finalement il restera là, en Italie : « alla fine, questa campagna o un’altra ». Il n’a donc pas réussi à vivre pleinement l’association de cultures proches et cependant différentes et il se crée un alibi pour se concentrer sur une seule réalité. C’est un rejet du monde, un abandon, la recherche d’un confort incertain. J’ai pensé à Marie Susini - rien à voir avec la nouvelle, qui aimait l’Italie et a quitté cette vie à Orbetello. La campagne dont je parle n’est pas très loin. Mais c’est un peu une pose, aucune campagne n’est semblable à aucune autre, aucune langue n’est semblable à aucune autre même si l’Italien, le Français et le Corse ont de belles similitudes. Pour conclure sur nos meta-lingue par un autre grande italiano, je citerai Cesare Pavese et cet extrait de La luna e i falo’ : « un paese ci vuole non fosse che per il gusto di andarsene via...». Nous pourrions dire « una lingua ci vuole non fosse che per il gusto di lasciarla andare, per poi tornarci». Là encore, l’ambivalence heureuse. Et je reste pauvre pourtant de tant de langues, de tant de vies. Je rêve de lire Dostoïevski, Borges, tant d’autres, dans le texte. Y parviendrai-je un jour pour Ismail Kadare ? Mon prochain roman “part” d’Albanie et je découvre là que, leurs ancêtres ayant fui le pays entre le XV et le XVIIIème siècle lors de l’expansion de l’empire Ottoman, cent mille personnes, installées aujourd’hui en Sicile, en Calabre et ailleurs dans le Sud de l’Italie, parlent le Arbëreshë, “minorité linguistique protégée par la loi 482-1999”. Cette langue viendra-t-elle intrecciarsi alle altre ? Un voyage en Sicile, en Calabre et dans les Pouilles, me le diront presto spero. Cette découverte a remis en cause l’idée première d’aller d’abord en Albanie, j’y arriverai sans doute plus riche. L’histoire, les histoires, de nos langues, littéraires et vivantes, sont passionnantes et infinies.
Et si je mets sciemment des majuscules aux noms des langues citées, c’est que toutes le méritent.
Et si je mets sciemment des majuscules aux noms des langues citées, c’est que toutes le méritent.
La culture, outil de résistance
Dans le domaine de l’art, de la culture en général, j’ai une grande attente : celle d’accompagner, de condividere, de réinventer ce que l’on pourrait appeler nos meta-culture. La proximité entre la Corse et l’Italie est indéniable. Pour la développer plus encore, partir de ce que nous avons. C’est pour cet ancrage, et pour ne pas définir, ou bien définir avec souplesse ces liens, que j’ai récemment créé l’association Chissà, residenze in restistenza-e/résidences en résistance-s. Chissà vient bien évidemment du nom du village de Chisà, le « s » supplémentaire souligne la potentialité : chi lo sa cosa succederà ? (Indubbiamente cose belle!). Les résistances en milieu rural ont bien des sens. Choisir d’y porter l’art, comme le font déjà de très nombreux acteurs culturels, est l’avenir que je souhaite. Je ne parlerai ici que de Chisà, dans le Fiumorbu. Partir de ce que nous avons, entre la Corse et l’Italie d’abord : à Chisà donc, village de résistance comme beaucoup d’autres, un peintre, Stéphane Giudicelli dit Chisa, dont l’œuvre, tout comme le village, devrait inspirer celle de Luca Grechi, peintre italien qui vit dans le quartier romain du Quadraro, haut lieu de la résistance durant la seconde guerre mondiale. C’est mon premier objectif. A Chisà toujours, est née il y a quinze ans l’association Luci, portée par Gisèle Salvatorini, qui soutient concrètement les personnes atteintes de déficience visuelle et leur propose des activités. Le centre culturel Fiori di Lumi avec l’équipe de la mairie est très actif. Nous pouvons apporter hors saison touristique, matière à réflexions, partage et songes, ce que fait par exemple avec talent non loin de là, à Ventiseri, Valérie Giovanni et sa Casa donna di A Serra. Dans la région, avec les écoles, les lycées, le partage est possible. J’aimerais enfin, mais c’est encore une autre histoire, créer un réseau de résidences pour que nous portions ensemble des projets, corses, italiens, européens… Là encore, ce n’est pas « exclure » la saison touristique, c’est travailler pour que la césure ne soit pas si évidente. Si la vitalité, la volonté, sont là, les fonds font la force… Tous ces liens existent, sont vivants, créatifs, il faut enfatizzarli et trouver des partenaires publics et des entreprises engagées qui y participent pleinement. Pour tout ça, nos langues, nos artistes, nos villages, et avec eux nos jeunes, nos anciens, et ceux du milieu, les idéaux que nous portons nous les atteindront c’est certain. Et puis, inventer, transmettre et défendre les meta-lingue, les meta-culture, les nôtres et celles des autres représentent un acte politique contre toute forme de tentative de manipulation, de privation des libertés, de retour à un obscurantisme honni qui fait que nos résistances sont si nécessaires.
Pour aller plus loin
Muriel Peretti est romancière, présidente de l’Association Chissà pour le développement de la culture en milieu rural entre Corse et Italie
L'illustration est issue de la série Isole de l'artiste italienne Stefania Galegati
L'illustration est issue de la série Isole de l'artiste italienne Stefania Galegati