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 <title>Robba</title>
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 <updated>2026-09-23T04:17:40+02:00</updated>
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   <title>À propos de la communauté de destin : Furiani, le 5 mai 1992 et la suite</title>
   <updated>2026-09-15T11:28:00+02:00</updated>
   <id>https://www.rivistarobba.com/A-propos-de-la-communaute-de-destin-Furiani-le-5-mai-1992-et-la-suite_a557.html</id>
   <category term="CHJAVE" />
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   <published>2026-09-01T18:12:00+02:00</published>
   <author><name>Richard Rechtman</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Une catastrophe met toujours à l'épreuve la cohésion d’un corps social, ses institutions et ses valeurs. C’est ce que nous rappelle l’anthropologue et psychiatre Richard Rechtman qui analyse la mémoire de la catastrophe de Furiani et les enjeux du travail entrepris par le collectif des victimes du 5 mai, notamment à la faveur de la récente parution du livre-témoignage de Didier Grassi, Turchinu, biancu... neru ! qu’il a postfacé.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.rivistarobba.com/photo/art/default/97883427-68136325.jpg?v=1788284552" alt="À propos de la communauté de destin : Furiani, le 5 mai 1992 et la suite" title="À propos de la communauté de destin : Furiani, le 5 mai 1992 et la suite" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">L’histoire collective s’écrit toujours d’abord à la première personne du singulier. Il faut déjà qu’un témoin, ayant vécu les faits constitutifs de l’événement appelé à faire date, accepte de parler de ce qui lui est arrivé. Ce n’est d’ailleurs jamais une chose simple de devoir parler de la façon dont on a subi une catastrophe, être le premier ou faire partie des suivants n’est pas plus aisé, car chaque mise en récit de sa propre histoire se révèle unique pour celui ou celle qui consent à s’y livrer. <br />  En effet, l’acte qui consiste à soumettre ses souvenirs, parfois les plus intimes, aux regards des autres a beau se présenter comme une nécessité, il n’en demeure pas moins travaillé par le doute, les hésitations, la pudeur, voire la peur de son opposé, l’impudeur. D’abord parce que la mémoire singulière fixe moins les faits que les sensations, les émotions et les éprouvés. Ce sont ces choses disparates qui s’imposent dans le souvenir. <br />  Les faits parlent d’eux mêmes, entend-on souvent dire, c’est bien sûr faux. Les faits ne parlent pas. Ce sont les hommes qui les traduisent en mots, en phrases, et en récits intelligibles pour les autres. Ce n’est que dans l’après coup de l’événement lui-même, qu’il devient possible de comprendre par bribes ce qui s’est passé.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le traumatisme et l’indicible</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">D’abord on ne sait pas, le sol s’effondre, la tribune bascule, les cris de joie sont soudainement étouffés par le vacarme assourdissant d’un amoncellement métallique. Et c’est ensuite le silence, interminable, et pourtant d’à peine quelque secondes, avant qu’une furieuse agitation reprenne, mais sans offrir la moindre compréhension à celles et ceux qui découvrent soudainement un paysage dévasté. <br />  Ces images dévoilant l’enchevêtrement de corps, de tubulures métalliques, de fragments de sièges en plastique, ont été montrées en boucles à la télévision, dans la presse locale et nationale, et pourtant aucune ne peut capturer la réalité de ce que chaque témoin a ressenti à ce moment précis. S’il fallait aujourd’hui traduire en quelques mots l’effroi de chacun, on ne trouverait peut-être rien d’autre à dire que «&nbsp;je n’ai rien vu, je n’ai pas compris, je ne sais pas…&nbsp;». <br />   <br />  Terrible constat d’une impossible compréhension inaugurale de l’événement. On imagine mal l’épouvante d’être soudainement propulsé dans ce «&nbsp;je ne sais pas&nbsp;». &nbsp;Ici, ne pas savoir c’est comme être plongé dans un abîme sans fond. On se représente difficilement les efforts psychiques auxquels il faut néanmoins consentir pour tenter de remonter à la surface, et chercher à comprendre, au moins un peu. <br />  Dans ces premières minutes, l’expérience n’est pas encore vécue, elle est juste subie. Et c’est cela qui fait aussi le noyau du traumatisme&nbsp;: cette impossible représentation de ce qui est subi. On comprend dès lors pourquoi il est si difficile d’y échapper.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Raconter malgré la douleur</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Alors comment raconter cela&nbsp;? Pour ceux qui vécurent l’épreuve de l’événement s’ajoute systématiquement la douleur de devoir y revenir encore et encore. La revivre dans sa chair, puis dans ses mots et enfin pour certains dans des écrits. L’inlassable répétition de cette douleur ne soigne pas, contrairement à une idée reçue si souvent mal comprise. Ce n’est pas de dire ce qui est arrivé qui répare ou qui soigne, c’est exclusivement d’être écouté, entendu, compris et accompagné. Les supposées vertus de la parole libératrice sont bien trompeuses. Ne nous leurrons pas, parler dans le vide n’a jamais aidé personne. <br />  Il faut donc parler et écrire pour être entendu et pour faire exister dans la mémoire de ceux qui n’y étaient pas ce que d’autres ont subi dans leur chair. &nbsp; <br />  C’est comme cela que l’Histoire commence à s’écrire [1]. <br />   <br />  Mais l’histoire collective ne se réduit précisément pas à la sommation des histoires singulières, autrement elle risquerait de disparaître avec les derniers témoins. <br />  Et là commence un tout autre combat&nbsp;: faire entendre à tous la réalité de l’événement et de ces conséquences collectives. Même à ceux qui refusent d’y voir autre chose qu’un événement passé sur lequel il suffirait de tourner la page pour tranquillement passer à autre chose. À&nbsp;quoi bon y revenir, se disent-ils. Après tout, les morts ont été pleurés, les blessés, soignés, les handicapés, accompagnés, et les familles endeuillées ont été gratifiées d’une rapide compassion. Le sport fait tout oublier, pensent-ils sans doute. <br />   <br />  Eh bien non, le sport n’a pas vocation à effacer la vie, la fête ne doit jamais supplanter le respect que l’on doit à une communauté de destin. Or justement lorsque cette communauté de destin est ébranlée par une catastrophe, lorsque soudainement la trajectoire d’une part importante de cette communauté est tragiquement déviée, il appartient au groupe dans son ensemble, et pas seulement aux «&nbsp;survivants&nbsp;», de restaurer la continuité. <br />  Il n’existe pas d’autre façon pour faire exister une communauté de destin, et donc un peuple ou une nation, que de commémorer les moments où cette communauté a été injustement divisée par le «&nbsp;destin&nbsp;», autrement l’idée même de peuple ou de nation ne serait qu’une mascarade. D’autant plus que dans le cas précis de la catastrophe de Furiani, le «&nbsp;destin&nbsp;» n’y est pas pour grand-chose. Les responsabilités sont connues, et le collectif du 5 mai né dans les suites de la catastrophe pour faire entendre la voix des victimes auprès des pouvoirs publics n’a jamais manqué une occasion de les rappeler.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Voir à ce propos le remarquable témoignage de <a class="link" href="https://boutique.sc-bastia.corsica/products/sans-titre-29avr-_13-07?srsltid=AfmBOopAeq72LFXW45nCqvRl47AZqwDl1fDU_SS0aANJlXzTWchU-EuN">Didier Grassi,&nbsp;<em>Turchinu, Biancu, Neru!&nbsp;</em><em>U mo 5 di maghju di u 1992</em></a>, Bastia, 2026</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Restaurer la communauté de destin</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Mais il me semble essentiel de bien comprendre que la démarche des membres du collectif, comme le rappelle Didier Grassi, comme les combats qu’ils ont menés ne visaient pas seulement à honorer les morts, à sanctuariser le 5 mai, à panser les plaies des endeuillés et des blessés. Et même si cela fait déjà beaucoup, cela ne suffit pas. <br />  Leur lutte collective se devait d’aller encore plus loin. Il s’agissait de restaurer la communauté de destin qui réunit les hommes&nbsp;et les femmes au-delà de chaque génération&nbsp;: les Corses, les Continentaux, les passionnés de football, comme les anonymes moins sportifs. &nbsp; <br />   <br />  Si souvent invoquée, et rarement définie, la communauté de destin ne se réduit pas à partager un même sang, ni même un lieu de naissance, pas plus qu’une langue, plus ou moins bien apprise, un village ou encore des ancêtres nés sur une même terre. Ces éléments y contribuent, bien sûr, mais ils ne suffisent pas. Autrement les communautés humaines disparaîtraient à chaque nouvelle génération. <br />  C’est d’ailleurs là que réside l’illusion fondatrice du social&nbsp;: les hommes et les femmes sont mortels, et d’ailleurs, ils meurent, et pourtant les communautés demeurent. Un tel paradoxe est à la fois constitutif de l’espace social et la plus grande illusion que les hommes ont inventée pour que quelque chose de leur monde puisse tendre vers l’éternité. Illusion à double titre, d’abord parce que le destin commun se résume, hélas, à devoir disparaître. Mais aussi parce que la communauté de destin se heurte à une réalité quotidienne bien moins égalitaire. Tous n’auront pas le même destin, la maladie, l’accident, les drames viennent systématiquement rompre le pacte d’égalité entre les membres d’un groupe d’appartenance. <br />   <br />  Pourtant, les hommes ont pris l’habitude de s’accommoder de ces inégalités singulières, en trouvant chaque fois une explication confortant le principe fondateur en dépit de la réalité des faits. <br />  La magie et la sorcellerie ont toujours joué ce rôle d’apporter une explication singulière dans chaque cas, pour surtout dire que la maladie d’untel ou d’unetelle ne remet pas en cause la tendance générale d’un destin commun. Si untel a perdu la vie dans la force de l’âge, ce n’est pas parce que nous ne partageons pas le même destin, mais parce que lui a, soit commis une erreur, soit subi une injuste attaque sorcellaire ou criminelle. La religion comme la sorcellerie ont toujours été un formidable modèle explicatif pour résoudre la contradiction d’un même destin chaque fois différent pour tous. <br />   <br />  L’épidémiologie, les statiques, et la médecine occupent de nos jours une même fonction susceptible de résoudre ce type de contradiction. Certes, elles ne diront pas pour quoi untel est tombé malade, lui et pas son voisin par exemple, mais elles expliqueront que statistiquement son risque de développer l’affection qui va l’emporter était bien plus élevé que dans la population générale. <br />  Le tabac, l’alcool, la mauvaise alimentation, la pollution, le goût du risque sont aussi des arguments permettant de dire qu’en l’absence de ces facteurs (qui «&nbsp;auraient&nbsp;» dû être contrôlés en amont par le futur malade) son destin aurait été identique à celui des autres. Formidable tour de passe-passe qui permet de résoudre la contradiction entre l’affirmation d’une communauté de destin, et l’irrémédiable singularité de chaque destinée. Depuis des millénaires nos sociétés se sont accommodées de ce déni de réalité en lui opposant la force des liens sociaux qui jamais ne se soumettent au seul diktat de la biologie.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Inscrire dans la mémoire collective</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Mais lorsqu’il s’agit de rendre compte d’un drame collectif venu frapper un nombre important de membres d’une même communauté, au risque d’ébranler son équilibre interne, les explications classiques s’avèrent moins convaincantes. Les hommes se doivent alors d’inventer de nouveaux dispositifs pour penser l’événement et l’inclure dans l’histoire collective. <br />  C’est à cela que sert la mémoire collective des drames. Elle retisse les liens entre les hommes, les vivants et les morts, que les désastres séparent entre ceux qui ont eu plus de chance et les autres injustement touchés. La communauté de destin n’est pas qu’une simple figure rhétorique, c’est une réalité incontestable à condition que les hommes et les femmes se battent pour la faire exister à travers la construction d’une histoire collective n’oubliant personne. Or celle-ci n’existe vraiment que le jour où ceux qui n’ont pas vécu l’événement acceptent de s’en porter garants. Autrement dit, le jour où ils acceptent d’en faire un élément de leur histoire personnelle et collective. <br />   <br />  Les attentats du 9 janvier 2015 et ceux du 13 novembre 2015 à Paris, ont immédiatement donné lieu à l’expression d’une affliction nationale inscrivant le souvenir des vies brisées dans la mémoire collective de la nation. Devenus événements nationaux en dépit du fait qu’ils furent d’abord locaux, personne ne pu douter que la nation dans son ensemble avait été touchée et se devait de contrecarrer l’injustice des vies perdues en leur offrant le souvenir inaltérable de la communauté&nbsp;; et pas seulement des témoins directs ni de leur famille. <br />  L’explosion de l’usine AZF à Toulouse le 21 septembre 2001, 30 morts et plus de 2500 blessés a donné immédiatement lieu à une même inscription dans l’histoire de la nation, bien au-delà du seul périmètre du quartier du Mirail à Toulouse, pour qu’aucune des vies fauchées ne disparaisse&nbsp;dans l’oubli [1]. C’est exactement cela qu’impose l’évocation d’une communauté de destin afin de rétablir un semblant d’égalité, mais surtout pour garantir la pérennité de la communauté malgré la catastrophe.&nbsp; <br />   <br />  Après la catastrophe de Furiani il aura paradoxalement fallu la mobilisation active d’un collectif de victimes et de familles de victimes pour inscrire cet événement dans cette fameuse communauté de destin. Ce ne sont pas les pouvoirs publics qui l’ont imposé, ce sont des hommes et des femmes qui ont dû se mobiliser et parfois faire face à l’incompréhension des élites devant leurs attentes. <br />  En obtenant, tardivement en octobre 2021, la <a class="link" href="https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=RzyIKbuP44VzhcR0hOMF-Su1fmt64dDetDQxhvJZNMc=">sanctuarisation du 5 mai</a>  où aucun match de football ne doit désormais se jouer, la nation permettait enfin de réinscrire chacune des vies fauchées ou marquées à tout jamais par les deuils ou les blessures, dans l’histoire plus générale de nos sociétés et de notre rapport au sport et à la joie qui l’accompagne.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Voir Didier&nbsp;Fassin, &amp; Richard Rechtman,&nbsp;2007,&nbsp;<em>L'empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime.</em> Paris: Flammarion&nbsp;(2011, Champs Flammarion).</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Trente ans de mobilisation</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Pourquoi a-t-il fallu attendre 30 ans&nbsp;? Pourquoi a-t-il fallu que ce combat soit porté par les victimes et les témoins directs de la catastrophe&nbsp;? Est-ce que c’est parce qu’il s’agit du football&nbsp;? Parce qu’il s’agit de la Corse&nbsp;? &nbsp; <br />  Les raisons sont multiples, et pourtant il s’agit sans doute du seul cas ou une catastrophe d’une telle ampleur n’a pas été immédiatement reconnu comme une catastrophe nationale en dépit de la visite du Président de la République. Pendant de nombreuses années les plus conciliants pensaient encore qu’une commémoration réduite au seule territoire corse suffirait à honorer les victimes. <br />   <br />  En marge d’une audition à l’Assemblée Nationale, j’avais été interpellé par un des députés me demandant pourquoi les membres du collectif ne voulait pas se contenter d’une sanctuarisation des seuls matchs joués en Corse les 5 mai. Ma réponse le laissa transitoirement hébété. Tous les événements nationaux, ont d’abord été locaux, lui ai-je rappelé. La prise de la Bastille s’est déroulée non loin de l’actuel place de la Bastille et pourtant on la commémore dans tout le pays, jusqu’au plus petites communes, et pas seulement sur cette célèbre place. <br />  Il en va de même pour tous les événements dont on reconnait le caractère national, alors même qu’aucun de ces événements n’a jamais touché physiquement la nation dans son ensemble. C’est toujours une construction sociale qui transforme le local où l’événement a eu lieu en métonymie de la nation tout entière. Furiani ne devait pas faire exception à cette règle, sauf bien sûr à reconnaître que la Corse ne relevait pas du territoire national. Ce que mon interlocuteur ne semblait pas disposer à admettre.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Souvenir d'une rencontre-clé</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Je voudrais ajouter un dernier mot. Le 5 mai 1992, j’étais à Bastia avec mon épouse pour quelques jours de repos. Nous n’étions pas au stade, alors que son oncle et son cousin y étaient. Dès l’annonce de la catastrophe nous nous sommes précipités aux urgences de la clinique la plus proche pour, en tant que jeunes médecins, tenter d’apporter les premiers soins aux très nombreux blessés qui ne cessaient d’arriver. Nous y sommes restés jusqu’au petit matin. <br />  Ce n’est que dix ans plus tard à l’occasion d’une conférence que je devais donner à l’<a class="link" href="https://ira-bastia.gouv.fr/">IRA de Bastia</a>  sur le traumatisme psychique, dont entre temps j’étais devenu spécialiste, que j’ai rencontré Didier Grassi et les membres du collectif. Leur combat m’a profondément impressionné. Il m’a fait comprendre à quel point l’histoire collective s’écrit toujours à plusieurs voix et qu’elle n’appartient à personne en particulier pour justement devenir le bien de tous. C’est elle qui garantit le pacte social et qui donne vie à l’idée d’une communauté de destin. <br />   <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pour aller plus loin</b></div>
     <div>
      <a class="link" href="https://tv.telepaese.media/_turchinu-biancu-neru-didier-grassi-raconte-son-5-mai-1992/?type="><em>Turchinu, Biancu… Neru&nbsp;!</em></a>  <br />  Témoignage d’un vécu et d’un combat de Didier Grassi retrace son expérience personnelle de la tragédie du <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Furiani">5 mai 1992,</a>  de l’avant à l’après, du chaos à la reconstruction, et du combat pour la mémoire collective. Une histoire intime, mais aussi un hommage à toutes celles et ceux qui ont été touchés ce soir-là et qui, depuis, se battent pour que jamais on n’oublie. Les bénéfices de la vente du livre sont reversés au Collectif des Victimes du 5/5/92 et de l’Associu Sporting Bastia 92. <br />   <br />  *** <br />   <br />  Merci à François, d'avoir accepté cette photo volée par VBL <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Corses et enfants d'immigrés</title>
   <updated>2024-09-07T10:25:00+02:00</updated>
   <id>https://www.rivistarobba.com/Corses-et-enfants-d-immigres_a393.html</id>
   <category term="CHJAM'È RISPONDI" />
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   <published>2024-08-27T11:05:00+02:00</published>
   <author><name>Florence Antomarchi, Nadia Ameziane-Federzoni, Hichame Karaa</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Certains thèmes de la vie politique et sociale enferment des femmes et des hommes dans les préjugés et dans la difficulté d'exprimer un point de vue, une expérience. L’immigration en fait partie, au plus haut point. Posée comme un débat incontournable depuis plusieurs mois à l’échelle européenne et à l’échelle française, elle suscite des polémiques d’une grande brutalité. En Corse plusieurs faits divers y ont fait écho. Nous retranscrivons ici, avec l’autorisation de France 3 Corse Via Stella, le rendez vous éditorial « In Mediterraniu » du Corsica Sera du 21 février 2024 animé par la journaliste Florence Antomarchi. Un format qui a permis d’entendre la parole à deux « enfants » insulaires de l’immigration marocaine.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.rivistarobba.com/photo/art/default/82430256-59135513.jpg?v=1724938112" alt="Corses et enfants d'immigrés" title="Corses et enfants d'immigrés" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Nous sommes le 21 février, aujourd’hui<a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Missak_Manouchian"> Missak Manouchian</a>, l’apatride, le communiste, le poète, le résistant, est entré au Panthéon. C’est une bonne date&nbsp;pour parler du vivre ensemble <em>ici et maintenant</em> au milieu de la Méditerranée. <br />  Vivre ensemble c’est quoi&nbsp;? un slogan&nbsp;? un projet&nbsp;? des mots pour poétiser des différences que l’on ne cesse en même temps de stigmatiser…&nbsp; Les mois passés ont été agités pour les étrangers, les immigrés, leurs familles. &nbsp; <br />  Crispations nationales ou identitaires partout&nbsp;: au niveau européen avec le débat sur le <a class="link" href="https://www.vie-publique.fr/en-bref/292478-ue-le-parlement-europeen-adopte-le-pacte-sur-la-migration-et-lasile">pacte sur la migration et l’asile</a>  &nbsp;[1]&nbsp;au niveau national avec la loi immigration[2]&nbsp;et au niveau local par des faits divers et des mobilisations qui ne cessent de vouloir confondre à tout prix immigration et délinquance <br />  &nbsp; <br />  Alors comment ça va les étrangers, les immigrés de Corse&nbsp;? <br />  alors que les premières générations - dont l’histoire ici n’est pas écrite - peinent toujours à s’exprimer, comment ça va pour leurs enfants&nbsp; des deuxième et troisième générations ? <br />  Il n’y a pas de représentants pour les enfants des populations maghrébines arrivées dans les années 60, alors pour les entendre nous accueillons deux voix singulières, celles de Nadia Ameziane-Federzoni et d'Hichame Karaa.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Pacte Européen pour la Migration et l’Asile – Union Européenne / adopté&nbsp;en mai 2024. Son projet a été mis en route suite à la crise de l’accueil des réfugiés en 2015 où les divergences entre Etats Membres se sont révélées majeures. Relancés en 2020, les textes adoptés après quatre&nbsp;ans de «&nbsp;négo&nbsp;» reposent sur un «&nbsp;filtrage&nbsp;» des migrations à la frontière et des mécanismes de solidarité «&nbsp;assouplis&nbsp;» pour la répartition des demandeurs d’asile.&nbsp;De l’abstention au refus partiel ou total, les pays membres d’Europe centrale ont réaffirmé ne pas vouloir d’une responsabilité partagée dans ce domaine. L’extrême droite européenne y a puisé des arguments pour les élections de juin. <br />  <a class="link" href="https://fr.euronews.com/my-europe/2024/05/14/lue-acheve-sa-reforme-des-regles-en-matiere-dimmigration-malgre-le-vote-negatif-de-la-polo">https://fr.euronews.com/my-europe/2024/05/14/lue-acheve-sa-reforme-des-regles-en-matiere-dimmigration-malgre-le-vote-negatif-de-la-polo</a> </div>    <div id="ftn3" style="text-align: justify;">[2]&nbsp;«&nbsp;Loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration&nbsp;», adoptée en décembre par l’Assemblée nationale&nbsp;; le RN salue alors «&nbsp;une victoire idéologique&nbsp;». La loi a été censurée un mois après pour plus d’1/3 de ses articles par le Conseil Constitutionnel pour irrespect des principes fondamentaux à savoir entre autres droit d’asile, accès à l’instruction, droit à une vie familiale normale, principes d’égalité et de fraternité…&nbsp; <br />  &nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><strong>Florence Antomarchi : </strong>Nadia, vous êtes archéologue, on vous a vue, lors d’un documentaire à l’œuvre dans vos recherches sur le plateau d’Alzu ; vous travaillez donc dans le temps long. Mais, dans le temps court, dites-nous un peu votre histoire&nbsp;? <br />   <br />  <strong>Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Je suis née en Haute-Corse en 1974, dans un village au-dessus de Ghisonaccia, sur la plaine orientale&nbsp;; j’ai fait toute ma scolarité et mes études ici de l’école primaire à l’Université Pasquale Paoli. Actuellement j’exerce ma profession d’archéologue aussi sur le territoire corse.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><strong>Florence Antomarchi :</strong> Hichame vous êtes agent d’entretien et par ailleurs président du conseil citoyen [1] des Jardins de l’Empereur ; avec vous, c’est la citoyenneté comme fabrique quotidienne. Quel est votre parcours&nbsp;? <br />   <br />  <strong>Hichame&nbsp;Karaa</strong> : Je suis né en 1976 à Ajaccio&nbsp;; mes parents sont Marocains&nbsp;; j’habite le quartier Les jardins de l’Empereur depuis que j’ai 6 ans, j’en ai 47&nbsp;; je suis engagé dans l’association du Conseil Citoyen où j’œuvre pour la citoyenneté ici sur Ajaccio.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Prévus et encadrés par la loi pour la cohésion urbaine (2014) les conseils citoyens sont des collectifs d’habitants et d’acteurs d’un quartier prioritaire pour favoriser leur participation directe.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Droit du sang /droit du sol</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><strong>Florence Antomarchi :&nbsp;</strong>Avant d’aller plus loin rappelons un peu le contexte en quelques faits et mots. De Paris à Paese Novu en passant par … Mayotte ! <br />   <br />  <strong>Extraits visionnés :</strong> <br />  Vue de Paris d’abord avec la loi immigration. Deux jours après son adoption par le parlement, le 21/12/2023, le Président de la République Emmanuel Macron se montre satisfait&nbsp;d’«une loi bouclier&nbsp;». À Mayotte[1] le 11/02/2024, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin annonce pour cette île la fin du droit du sol pour «&nbsp;couper <em>littéralement l‘attractivité qu’il peut y avoir dans l’archipel mahorais&nbsp;»</em>. En écho immédiat, Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement National, demande le jour même l’extension de cette initiative «&nbsp;<em>partout dans le territoire français&nbsp;</em>».</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Dans l’océan indien, le territoire français d’outre-mer Mayotte se débat entre crise structurelle sociale et migratoire au cœur de l’archipel des Comores.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Rixes et Tensions</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><strong>Florence Antomarchi</strong> : Enfin, ici, en Corse, ce sont par des faits divers - certaines agressions - pas toutes&nbsp;- ou rixes&nbsp;- que veut s’imposer le lien entre délinquance et immigration. <br />   <br />  <strong>Extraits visionnés 2:</strong> <br />  À Calvi le 8 aout, une très sévère agression au couteau par un jeune calvais de famille marocaine sur un autre jeune de famille calvaise donne lieu à une opération de représailles&nbsp;d’une cinquantaine d’individus cagoulés sur la maison de la famille de l’auteur présumé des coups de couteau. Le lendemain, on retrouve voiture brulée et tags sur les murs de la maison&nbsp;: «&nbsp;Arabi fora&nbsp;» et «&nbsp;HLM à i Corsi&nbsp;». Un de ces individus dit aux journalistes&nbsp;: «&nbsp;on veut tout simplement se défendre et défendre nos valeurs. La Corse s’est toujours défendue et on continuera jusqu’au bout. Je suis nationaliste, je ne me sens pas raciste pour autant, mais je saurai défendre les miens&nbsp;». <br />  &nbsp; <br />  À Ajaccio le 17 aout 2023, des menaces verbales contre des agents municipaux sont retenues pour organiser un rassemblement «&nbsp;express&nbsp;» au quartier des Cannes. On y entend Nicolas Battini, du mouvement Mossa Palatina, «&nbsp;dès lors qu’au trafic de drogue s’adjoint une volonté de contrôler le territoire et que cette volonté émane nécessairement de communautés qui ne sont pas des communautés corses, on est en droit sinon de constater de dénoncer ce genre de logiques qui sont finalement des logiques politiques&nbsp;». <br />  Même mobilisation, même mise en cause de l’immigration à Paese Novu[1] , 600 personnes se retrouvent à Bastia le 13/01/2024 derrière la banderole «&nbsp;Racailles Fora&nbsp;» après une bagarre à Furiani.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1]&nbsp;Dans ce cas-là les premières explications de la personne se disant victime d’une agression par une «&nbsp;bande maghrébine&nbsp;» ont été totalement réfutées par un procès quelques semaines plus tard… <a class="link" href="https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/grand-bastia/rixe-de-furiani-l-idee-d-un-lynchage-ou-d-une-violente-agression-fermement-refutee-par-le-procureur-de-la-republique-de-bastia-2923551.html">https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/grand-bastia/rixe-de-furiani-l-idee-d-un-lynchage-ou-d-une-violente-agression-fermement-refutee-par-le-procureur-de-la-republique-de-bastia-2923551.html</a> </div>  </div>  
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     <div><b>Amalgames </b></div>
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      <div style="text-align: justify;"><strong>Florence Antomarchi&nbsp;</strong>: Que retenez-vous l’un et l’autre de ces moments et de ces mots prononcés de Paris à Paese Novu&nbsp;? Qu’est-ce qui vous a le plus frappé&nbsp;? <br />   <br />  <strong>Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Moi, je retiens beaucoup d’injustice dans les propos qui sont tenus par les différences mouvances qu’on a entendues. Injuste parce qu’on confond tout, on mélange tout, on considère qu’à partir du moment où l’on est d’origine maghrébine ou «&nbsp;arabo-musulman&nbsp;» - c’est d’ailleurs un terme qu’on entend de plus en plus souvent - on est forcément un délinquant. <br />  Je suis choquée par ces propos-là parce que je pense à ces personnes qui sont soit issues de l’immigration ou qui sont immigrées à l’heure actuelle, des personnes qui travaillent tous les jours, qui sont des ouvriers, des employés, de l’agriculture ou du bâtiment, qui s’investissent, qui se lèvent tous les matins, qui font ce qu’ils ont à faire, qui enrichissent la société et finalement ils sont réduits à des «&nbsp;arabo-musulmans délinquants&nbsp;» voire à des «&nbsp;racailles&nbsp;», donc je trouve ça très choquant <br />  &nbsp; <br />  <strong>Hichame&nbsp;Karaa</strong>&nbsp;: C’est vrai que quand je vois ça, ça me désole et en même temps je me dis tout est mal arrangé.&nbsp;Il y a un mal-être quelque part, on ne peut pas tout remettre sur l’immigration et mélanger l’immigration et la délinquance.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Blessures</b></div>
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      <div style="text-align: justify;"><strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi&nbsp;</strong>: Quand vous en parlez avec vos amis est ce que vous avez l’impression que c’est un discours médiatique ou est-ce que cela pénètre la société&nbsp;? Qu’en disent vos familles? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Est-ce que cela pénètre la société&nbsp;?? Moi je crois que oui&nbsp;! Cela touche toute la société, tout le monde entend la télé, voit les infos. Et c’est très compliqué pour les gens de s’exprimer sur ces questions. Du coup c’est beaucoup plus facile de faire comme si cela n’existait pas, comme si cela ne nous concernait pas… «&nbsp;Non ce n’est pas nous, c’est des cas isolés, ça va redescendre&nbsp;» … Mais il y a une reproduction de ce type de faits qui n’est pas à regarder sans inquiétude.</div>  
     </div>
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     <div><b>Les Jardins de l'Empreur, 2015</b></div>
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      <div style="text-align: justify;"><strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong> : Reproduction… en effet. Vous êtes tous les deux ajacciens et tout le monde a ici en mémoire les « événements » des Jardins de l’Empereur. C’était le 25/12/2015, suite à l’agression de pompiers par des jeunes résidents du quartier, des marches de protestation, trois jours de suite avaient résonné de propos racistes dans plusieurs quartiers de la ville.&nbsp; Nous nous y étions rendus quelques jours après pour prendre le pouls de la population.&nbsp;Quelques extraits pour nous rappeler les faits et le contexte.&nbsp; <br />   <br />  <strong>Extraits visionnés 3 (L’écho des Jardins, 2015)</strong> <br />  <u>Malika, femme de ménage, habitante du quartier</u>. «&nbsp;Je ne me sens plus en sécurité, moi et mes filles&nbsp;; j’y pense tous les jours&nbsp;; ça m’a fait vraiment mal au cœur. Je croyais que nous les immigrés on faisait partie de la Corse.&nbsp;» <br />  <u>Archive décembre 2015</u> Pendant les manifestations dans le quartier on entend des manifestants insulter des gens. Une femme proteste du haut de son balcon… <br />  Un manifestant&nbsp;: « fermez-la, vous êtes des arabes" » <br />  la femme au balcon « Monsieur, il y a des enfants ici&nbsp;!<span style="text-align: justify;">&nbsp;»</span> <br />  le&nbsp; manifestant «&nbsp;On s’en fout, c’est des enfants d'arabes&nbsp;!&nbsp;» <br />  il ramasse quelque chose par terre&nbsp; et ébauche&nbsp;le geste pour le jeter vers la femme, d’autres manifestants s'écrient "non, non...!" <br />   <br />  <u>Jean Marie Arrighi,</u> inspecteur d’académie à la retraite, essayiste: «&nbsp;Je crois qu’il faut qu’on en vienne à une modification claire de l’identité corse telle qu’elle a été vécue qui était une série d’identités emboitées&nbsp;: - je suis corse parce que je suis de telle famille qui est de tel village. Et on aura bientôt des gens qui seront corses sans être d’aucune famille corse ou d’aucun village corse mais qui seront corses quand même parce qu’ils parlent corse, parce qu’ils s’investissent dans la vie économique et sociale…&nbsp;» <br />  &nbsp; <br />  <em>(Extraits FR3Corse/ViaStella 01/ 2016)</em></div>  
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     <div>
      <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Avant de revenir sur l’interview de Jean-Marie Arrighi, vous me disiez l’un et l’autre que ce moment de 2015 a été très important pour vous comme cela l’a été pour toute la ville et pour les populations immigrées. Il y a eu de la peur, des gens sont partis&nbsp;? Hichame&nbsp;? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa</strong>&nbsp;: Oui, moi j’habite aux Jardins de l’Empereur et de revoir ces images-là, je suis ému. Oui, il y a des familles qui ont quitté la Corse, &nbsp;d’autres ont déménagé des Jardins de l’Empereur vers d’autres quartiers…&nbsp; Par rapport à l’histoire, en se souvenant des Marocains qui sont morts pour la Corse, quand on voit ça, ça fait mal… <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Et pour vous Hichame, cela a été un engagement&nbsp;? C’est après ce moment que vous décidez de vous engager plus encore&nbsp;; vous étiez déjà membre du conseil citoyen et vous allez en devenir président. <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa</strong>&nbsp;: Oui, je me suis engagé pour œuvrer pour ce quartier parce qu’on s’est rendus compte qu’on ne se connaissait pas avec les voisins, qu’il fallait faire quelque chose mais dans la bienveillance, œuvrer avec la municipalité et les pouvoirs publics, essayer de faire quelque chose <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Nadia, même cheminement pour vous&nbsp;? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>&nbsp;: Ah oui moi après ces jours-ci j’ai été extrêmement choquée (..)&nbsp;; vous avez diffusé &nbsp;quelques images et les mots violents «&nbsp;fermez-la,&nbsp; vous êtes des arabes monsieur y a des enfants on s’en fout ces des enfants d’arabes… Là je me suis dis «&nbsp;qu’est-ce qu’on fait&nbsp;?&nbsp; C’est pas possible qu’est ce qui se passe&nbsp;»… &nbsp;Du coup j’ai eu envie de m’investir, au niveau culturel, de rejoindre d’autres personnes qui étaient aussi choquées par ce que s’était passé et de travailler, de faire en sorte qu’il y ait des moments de rencontre et d’échanges&nbsp;; là à travers l’action culturelle, à travers le cinéma qui peut être un vecteur pour défendre certaines idées, pour débattre… et après aussi personnellement dans mon travail que je réalise dans le quotidien, c’est vrai que cela a été déclencheur. <br />  &nbsp;
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      <div style="text-align: justify;"><strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Est-ce que l’un et l’autre vous avez l’impression que vos engagements éloignent de nouvelles crises de racisme&nbsp;? C’est vrai qu’il y a eu ces trois moments cet été et cet hiver dont on vient de parler, c’est vrai &nbsp;que l’on voit aussi émerger un mouvement corse d’extrême droite, <a class="link" href="https://palatinu.co/">Palatinu</a>, mais est-ce que vous avez l’impression que vos actions servent à quelque chose? Vous Hichame, dans le Conseil citoyen, il y a plusieurs nationalités, qu’y faites-vous&nbsp;? Comment ça marche&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa</strong><strong>&nbsp;: </strong>&nbsp;C’est vrai que nous sommes plusieurs nationalités. Ces actions citoyennes portent leurs fruits, on arrive à faire plein de choses dans le quartier, par exemple co-construire les jardins familiaux, organiser des nettoyages de quartier, faire enlever des épaves… en fait voilà, ce sont des actions citoyennes et avec plusieurs cultures... Moi j’appelle les gens, peu importe leur nationalité, à s’engager dans la citoyenneté et à faire avancer les choses et changer l’image d’un quartier et aussi des personnes. <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;&nbsp;: &nbsp;Il y a aussi des liens avec des partenaires institutionnels… Tout cela fonctionne&nbsp;? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa</strong> : Cela a mis du temps parce qu’on s’est aperçus que le quartier était complètement abandonné avant 2016. Suite à cela le quartier a fait la une (des médias)… &nbsp;Là on voit (que les choses avancent)&nbsp;; &nbsp;les façades sont refaites, il y a eu plein d’aménagements dans le quartier et du coup, c ‘est vrai que cela change. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Nadia, mêmes questions&nbsp;! Vous, vous engagez dans des projets culturels, c’est aussi créer du lien sur le terrain culturel, créer des relations sociales élargies sur ces questions-là.&nbsp;Avez-vous l’impression que cela avance ou pas&nbsp;? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>&nbsp;: Quand on voit les dernières images que vous avez diffusées on est assez loin... À titre individuel ou collectif, avec certaines personnes, on essaye d’avancer sur ces questions, de sensibiliser les gens, de faire un travail autour du vivre ensemble, mais moi je suis assez pessimiste.</div>  
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      <div style="text-align: justify;"><strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Dans ce contexte, est-ce que le mot de communauté de destin - que certains essayent de remettre en cause-&nbsp; a un sens&nbsp;? Certains professeurs de droit public rapproche la communauté de destin du droit du sol - si on n’a pas de filiation on a une appartenance avec le territoire par ce qu’on y vit, parce qu’on y grandit, parce qu’on y travaille. Est-ce que l’idée de communauté de destin vous inspire confiance&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Complètement, moi je suis dans la communauté de destin tout logiquement quand on vit dans un territoire qu’on a des enfants qu’on s’y projette en attractivité&nbsp;professionnelle, amicale, familiale, on est forcément dans la communauté de destin <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi :&nbsp;</strong>Cette idée vous aide&nbsp;? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong><strong> </strong>: Evidemment&nbsp;! Et quand elle est affirmée par des personnalités politiques qui la rappellent, ça rassure&nbsp;! Parce que face à cela, il y a justement des personnes qui la remettent en cause. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Celui qui a rassuré récemment c’est Gilles Simeoni et celui qui a déstabilisé c’est Nicolas Battini avec Palatinu (mais Denis Luciani l’avait fait déjà il y a quelques années). <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni</strong><strong>&nbsp;</strong>: Oui, lui nous parle du droit du sang en nous disant que c’est le droit du sang qui est majoritairement appliqué ailleurs alors que c’est complètement faux&nbsp;; dans la majorité des pays européens, occidentaux c’est le droit du sol qui prévaut[1]&nbsp;que ce soit la Belgique, l’Allemagne, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne. <br />  Alors ca va de 1 an à 8 ans (de résidence), pareil pour les Etats-Unis, Canada, c’est pareil en Afrique aussi .. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: … donc il faut se battre pour faire passer des histoires qui contrarient les autres… Et pour vous Hichame, que signifie ces termes de communauté de destin. Ces termes qui n’ont aucune valeur en droits mais l’idée est importante&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa&nbsp;</strong>: Cela nous rassure.&nbsp; On est né là, on a grandi là, on a cette appartenance corse, de partout où l’on va, on vient de Corse qu’on le veuille ou non, on est aussi corse. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;: Qu’on le veuille ou non&nbsp;? C’est-à-dire, c’est vous qui le voulez ou pas ou c’est le regard des autres&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Hichame&nbsp;Karaa</strong><strong>&nbsp;</strong>: Non, c’est le regard des autres. Nous on est d’ici. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Oui, moi je me sens corse. Après ça déplait à certaines personnes. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;&nbsp;: Corse, Française, Marocaine&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Pour les peuples sans Etat, je me sens corse et berbère et pour les peuples avec Etat, du coup française et marocaine… s’il faut aussi résumer mais voilà, c’est complexe, chaque individu a une histoire personnelle, familiale. Et ce qui compte c’est l’avenir… alors quand on nous dit: non, il n’y a pas de communauté de destin&nbsp;, on ne nous promet pas un avenir très radieux, excusez-moi mais ça me rappelle un peu les années 30 puisque vous avez commencé avec Manouchian, le discours qui en train de monter, c’est un discours des années 1930. <br />  &nbsp; <br />  <strong style="text-align: justify;">Florence Antomarchi</strong>&nbsp;&nbsp;: Et à vos enfants qu’est-ce que vous leur dites&nbsp;? Bon courage ? <br />   <br />  <strong style="text-align: justify;">Nadia Ameziane-Federzoni&nbsp;</strong>: Moi, mes enfants sont métis, mon époux est corse et je leur dis qu’ils sont pleins de richesse, qu’ils ont la chance d’avoir des origines différentes et de connaître plein de choses différentes. Et, en fait, ils ne manquent pas de courage.</div>    <div>  <div style="text-align: justify;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="text-align: justify;">[1] Droit du sang et droit du sol concernent&nbsp; la nationalité et les droits et devoirs qui y sont joints. La filiation (droit du sang, on a la nationalité de ses parents) se combine dans la plupart des pays du monde avec le droit du sol mais avec des variables. Le droit du sol est automatique (par la naissance) en Amérique&nbsp;du Nord comme du Sud. Il est conditionné notamment par le temps de résidence – variable de 5 à 10 ans <span style="text-align: justify;">–</span> des parents étrangers dans toute l’Europe de l’Ouest… et en Afrique occidentale et centrale. Il n’existe pas en Asie.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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