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 <title>Robba</title>
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 <updated>2026-09-23T04:31:10+02:00</updated>
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   <title>Ritualité et spiritualité, témoignage d'un confrère</title>
   <updated>2026-09-03T19:02:00+02:00</updated>
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   <category term="CHJAVE" />
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   <published>2026-09-01T17:37:00+02:00</published>
   <author><name>Frédéric Mortini</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le développement contemporain des confréries apparaît comme un vrai phénomène de société en Corse. Elles sont environ une centaine et rassemblent certainement plus de 3000 membres, hommes mais aussi femmes. Frédéric Mortini, confrère, partage ici ses réflexions sur les rapports entre ritualité et spiritualité, et plus généralement sur le rôle joué par les confréries en Corse.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.rivistarobba.com/photo/art/default/97882837-68135880.jpg?v=1788282185" alt="Ritualité et spiritualité, témoignage d'un confrère" title="Ritualité et spiritualité, témoignage d'un confrère" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">La question des rites et de la spiritualité m’a toujours interrogé et sur ce plan, comme pour de nombreux autres sujets qui concernent les confréries, je demeure au début du chemin et je suis certain de ne jamais pouvoir en déclarer une connaissance ; c’est ainsi, je serais toujours en apprentissage et que Dieu me préserve de perdre la curiosité et l’intérêt pour ce que nous sommes. <br />   <br />  Ce texte a été commencé il y a déjà quelques années sans véritablement aboutir. J’étais à l’époque parmi d’autres, engagé à fonder une compagnie sur une histoire qui n’existait pas, face à des pratiques religieuses diluées avec des confrères qui tout comme moi ne maîtrisaient pas vraiment les sujets autour du rite, voire du simple catéchisme, il aura fallu reconstruire dans le brouillard, sans véritables appuis extérieurs, à la seule volonté de structurer la compagnie. <br />  Et il a fallu également trouver notre place dans la relation à l’église, au culte et face parfois au regard critique, voir taquin d’une population dont la relation au paganisme n’était pas totalement éteinte et quel chemin il fallait entreprendre pour redonner un sens et une place à notre démarche. <br />   <br />  Ce chemin est celui qui a éclairé, par défaut, le lien entre ritualité et spiritualité, d'abord, dans ce qu'il a de plus universel et de plus profond, puis dans la relation particulière entre la ritualité confraternelle et la spiritualité du clergé. <br />  Ce propos n’est que mon témoignage et ma propre recherche de sens dans mon engagement confraternel, il n’a donc aucune vocation à représenter une référence et ne représente pas la voix et l’avis de ma compagnie, ni celle actuelle, ni la précédente.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une complémentarité naturelle</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Sur le sujet de la ritualité et de la spiritualité, un&nbsp;réflexe de départ a souvent tendance à opposer les deux. La spiritualité serait du côté de l'intérieur, de l'intime, de l'invisible. Le rite, lui, serait du côté de l'extérieur, du visible, du répété. L'un serait profond, l'autre serait surface. L'un serait vivant, l'autre serait mécanique. <br />  De fait, ce n’est pas la bonne interprétation selon moi, et nos confréries, dans leur façon de faire communauté, dans leur lien au village, nous aident à comprendre pourquoi. <br />  Le rite n'est pas l'habillage de la spiritualité. Il en est pour moi le chemin, je sais par ailleurs que cette perception n’est pas partagée par tous et qu’elle est véritablement singulière, personnelle, incorporée. <br />  Ce n'est pas parce qu'on croit qu'on fait les gestes, car c’est souvent parce qu'on fait les gestes qu'on finit par croire, ou par croire à nouveau, ou par croire plus profondément et emmener aussi les autres à s’inscrire dans notre chemin. <br />  &nbsp; <br />  Le corps précède parfois l'âme. La main qui se pose, le genou qui fléchit, la voix qui monte dans la polyphonie, le chant et accompagne le rite, tout cela n'illustre pas la foi, tout cela la construit, la maintient, la transmet. <br />  Pensons à nous, quand nous revêtons notre aube avant chaque célébration. Peut-être que nous doutons. Peut-être que notre relation à Dieu est compliquée, incertaine, traversée de silences et d’hésitations. <br />  Mais nous nous habillons, et prenons notre place en procession. Nous partons de notre <em>casazza</em>, notre oratoire, nous entendons notre prieur invoquer la trinité avant le départ, la bascule vers la mise en lumière, vers le regard de notre communauté. <br />   <br />  Nous chantons les mêmes mots que nos pères ont chantés, que nos arrière-grands-pères ont chantés. Et nous l’avons tous ressenti, quelque chose se passe. Quelque chose qui n'est pas de l'ordre de la démonstration intellectuelle, ni même de l'émotion facile. Quelque chose de plus ancien, de plus profond. Une appartenance qui va nous chercher aux tripes. Une continuité que l’on n’exprime pas mais que l’on ressent profondément. Un sens qui ne se dit pas mais qui se vit. <br />  C'est cela, la puissance du rite. Il crée un espace où le temps s'arrête et où quelque chose d'essentiel peut advenir. Et c'est là que la spiritualité entre. Non pas comme une explication du rite, non pas comme une justification théologique plaquée par-dessus. Mais comme ce que le rite ouvre, ce vers quoi il tend, ce qu'il rend possible. La spiritualité est ce qui donne au rite sa direction. Sans elle, le rite tourne en rond, il se referme sur lui-même, il devient habitude, spectacle, folklore. Mais sans le rite, la spiritualité flotte, elle perd pied, elle devient une intention, une quête, que personne ne sait comment habiter concrètement. <br />   <br />  Nos traditions religieuses l'ont toujours su. On ne transmet pas une foi avec des concepts, d’autant que l’église elle-même n’accompagne plus, ou insuffisamment, à la compréhension de la liturgie. On la transmet avec des gestes identiques, des mots répétés, des odeurs, des saisons, des lieux, des erreurs, des approximations aussi. La place dans la procession, ou lors des offices, l’odeur de l’encens lors des célébrations, ce sont ces choses-là qui font tenir une communauté spirituelle dans la durée. Pas les discours quelle qu’en soit l’intention, pas les programmes et autres initiatives mais bien les rites et l’oralité de la transmission qui obligent à une présence. <br />  Mais ce n'est pas parce qu'on a l’impression d’avoir résolu intérieurement toutes ses questions que l'on s'agenouille. C'est parfois en s'agenouillant qu'on commence à trouver. Nous ne sommes pas des êtres purement spirituels qui auraient ensuite besoin d'un corps pour se déplacer. Nous sommes des êtres incarnés, et notre rapport au sacré passe par cette incarnation. Par le geste. Par le souffle. Par la voix de nos chantres, par l’accompagnement de la messe, par notre présence auprès du corps de défunts, des familles en souffrance.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De la place des confréries</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;"><span style="text-align: justify;">Nos confréries corses savent&nbsp;cela depuis toujours, sans peut-être jamais le formuler ainsi. Elles ont maintenu vivante, génération après génération, une ritualité incarnée qui est en même temps une école de spiritualité. Non pas une école où l'on apprend des doctrines, mais une école où l'on apprend à se tenir debout dans le mystère.</span><br style="text-align: justify;" />  <span style="text-align: justify;">À marcher ensemble vers quelque chose qui nous dépasse. Le geste ne remplace pas la grâce. Mais il lui ouvre la porte.</span> <br />   <br />  De la ritualité confraternelle à la spiritualité du clergé, on&nbsp;tire deux façons d'habiter le sacré sans les opposer. En Corse, il y a des temps qui disent tout pour nous. Qu’il s’agisse de la Semaine sainte où&nbsp;le prêtre célèbre, porte les mots de la liturgie, administre le sacrement qu’attend un homme, non reconnaissable, chargé d'une lourde croix de bois, entouré de consœurs et confrères qui chantent le <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Perdono,_mio_Dio"><em>Perdono mio Dio</em></a> d'une voix qui monte depuis les entrailles du village. Ce n'est pas la même chose que la messe. Ce n'est pas non plus autre chose que la foi, cette même foi, vécue différemment, portée par des corps différents. <br />  Voilà ce que sont les confréries par rapport au clergé, non pas des rivales, non pas des supplétives, mais des compagnes de route qui empruntent des chemins différents au service de Dieu et de nos communautés. C’est ce que la religion catholique a su transformer de nos rites païens par ce que l’on nomme le syncrétisme, pour nous amener ensemble dans la même direction et c’est ce que les Franciscains ont su tirer de nous, en intégrant nos communautés. <br />   <br />  En Corse, spécifiquement et avec la laïcité italienne en parangon, nous avons maintenu ces pratiques sans heurts. Le prêtre travaille dans le registre du sacrement et de la parole. Il garantit l'orthodoxie, il relie la communauté locale à l'Église universelle. C'est une spiritualité verticale, si l'on peut dire. Une relation à Dieu médiatisée comme l’est toute messe, toute célébration, encadrée, théologiquement construite. Une relation aussi hiérarchique lors de l’office qui conduit régulièrement à de nécessaires clarifications entre prêtres et compagnies, ceux-ci ayant parfois la volonté de décider pour nos différentes activités. <br />  La confrérie, elle, travaille dans le registre du geste, du chant, de la mémoire et du corps. Elle met la foi en mouvement, littéralement. Elle la fait défiler dans les rues, sur nos places, elle la fait monter en polyphonie, elle l'inscrit dans la pierre des oratoires et dans la toile de nos aubes, du cordon, notre camail. C'est une religiosité charnelle, communautaire, transmise de génération en génération non pas par des textes, mais par l'imitation, par la présence, par l'appartenance. <br />   <br />  Ces deux logiques ont parfois été en tension. L'Église continue à tenter de discipliner des pratiques qu'elle jugeait trop autonomes, trop proches du folklore, trop chantées... et certaines confréries ont résisté, jalouses de leur indépendance, attachée aussi à leur mission de charité. Le lien entre compagnies et clergé n’a jamais été simple, lisse ; il fut et parfois demeure aussi chaotique. <br />  Mais c'est précisément cette tension qui a été féconde. Car elle a obligé les deux parties à se définir, à se respecter, à trouver leur juste place même si aujourd’hui les compagnies peuvent avoir parfois le sentiment de tenir la place du clergé, face notamment à l’absence de prêtres. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>En savoir plus sur l'illustration</b></div>
     <div>
      L'illustration est une oeuvre de Ghjispeppu Orsolini, publiée dans <em>Costumes pour un théâtre imaginaire</em>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>E cunfraterne, locu di u cumunu ? L'esempiu di a Serra</title>
   <updated>2022-01-11T19:07:00+01:00</updated>
   <id>https://www.rivistarobba.com/E-cunfraterne-locu-di-u-cumunu-L-esempiu-di-a-Serra_a139.html</id>
   <category term="SÒ ELLI" />
   <photo:imgsrc>https://www.rivistarobba.com/photo/art/imagette/61185727-44651313.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2021-12-23T11:28:00+01:00</published>
   <author><name>A squadra</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Voilà près de cinq ans que l’Université romaine de la Sapienza suit attentivement les travaux de la Cunfraterna di a Serra. L’anthropologue Alessandra Broccolini y a trouvé un terrain d’étude stimulant et des amitiés qui nourrissent sa réflexion sur la transmission des patrimoines immatériels en Europe. Mais nous, ici, que savons-nous de ce qui se joue à Pianellu autour de Jean-Charles Adami ? Pour mieux connaître et comprendre les recherches-actions qui y sont menées, nous avons choisi de présenter quelques analyses d’Alessandra Broccolini. Dans ce premier article (car oui, d’autres sont à venir), nous présenterons les liens entre l’anthropologue et les confrères, et surtout nous verrons comment une certaine idée du commun s’est réinventée à Pianellu ; quelles réponses la confrérie de la Serra a su apporter en matière de transmission du patrimoine et de revitalisation du lien social. Parfois en renouant avec la tradition, parfois en innovant.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.rivistarobba.com/photo/art/default/61185727-44651313.jpg?v=1641035545" alt="E cunfraterne, locu di u cumunu ? L'esempiu di a Serra" title="E cunfraterne, locu di u cumunu ? L'esempiu di a Serra" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Pour l’anthropologue romaine, étudier la confrérie de Pianellu permet d’articuler local et universel. <br />  «&nbsp;Questo progetto nasce dall’attivismo di una confraternita e si inscrive in processi più ampi che hanno interessato la ripresa del movimento confraternale in Corsica e più generalmente una rinascita di interesse per le culture locali, sia in Corsica che in Europa. Parla quindi di un piccolo paese ma va oltre la dimensione locale per proporre qualcosa che tocca l’umanità intera. <br />  Soprattutto si inscrive in <strong>un nuovo protagonismo di territori</strong> <strong>e comunità locali</strong> che è stato stimolato dai processi di patrimonializzazione in parte attivati dalle politiche internazionali. In particolare la svolta sull’immateriale avviata dall’UNESCO nel 2003 con la Convenzione per la Salvaguardia del Patrimonio Culturale Immateriale.&nbsp;»</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La rencontre avec l'anthropologue romaine </b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Lorsqu’elle évoque sa première rencontre avec les confrères de Pianellu en septembre 2016,&nbsp;Alessandra Broccolino aime souligner le sentiment de familiarité immédiatement «&nbsp;è nato subito un forte legame amicale con le persone, un sentirsi ed un comprendersi attraverso lingue sorelle ed una base culturale comune;&nbsp;è nato un condividere una visione <strong>e progetti partendo dall’idea che è da questi territori marginali che possono nascere non solo pratiche virtuose legate ai patrimoni immateriali, al canto, alla festa, ma un ripensamento della stessa umanità</strong><span style="text-align: justify;">&nbsp;<strong>»</strong></span><strong><strong>.</strong> </strong> <br />  Depuis, elle est venue plusieurs fois en Corse, pour des fêtes, des rencontres et des restitutions d’expériences de la confrérie. Souvent accompagnée de ses étudiants. D’autres fois, c’est elle qui a invité les confrères de Pianellu à Rome. D’abord pour qu’ils renouent des contacts avec l’arciconfraternita del SS. Crocifisso di San Marcello à laquelle ils sont historiquement liés. Et d’autre part pour qu’ils participent à des séminaires de son université. <br />  Pour l’anthropologue romaine, le dialogue noué dépasse la relation scientifique qui tient à distance l’observateur et son sujet&nbsp;: «&nbsp;i miei interlocutori non sono meri oggetti di studio, il dialogo che è nato è stato come un riconoscersi nelle storie di territori e di persone che sono accomunate da una stessa matrice ma che hanno preso strade diverse.&nbsp;» <br />   <br />  Bien sûr, le lien avec l’Italie a joué dans ce sentiment immédiat de familiarité. Surtout à Aleria où elle entend souvent les habitants parler d’«&nbsp;Aleria che guarda a Roma&nbsp;». Du point de vue géographique et historique, pas de doute analyse-t-elle&nbsp;: «&nbsp;Roma ed Aleria sono sulla stessa linea, le separa solo una lingua di mare. Aleria “guarda” quindi dritto verso Roma, è vicinissima, eppure è uno sguardo al tempo vicino e lontano. È vicina per una storia di contatti continui che non solo la Corsica ha avuto con la penisola con le varie dominazioni che ha subìto (romana e poi pisana e genovese, prima di diventare francese), ma che la stessa Aleria ha avuto con la città eterna a partire dal secolo IX quando, secondo le cronache, il conte romano Ugo Colonna riconquistò Aleria occupata dai saraceni e qui fondò la chiesa di San Marcellu, che nel tempo si sarebbe legata alla chiesa di San Marcello al Corso a Roma e alla sua Arciconfraternita del SS. Crocifisso proprio attraverso la cunfraterna nata nel XV secolo. <br />  Pourtant, elle mesure bien les distances qui s’accusent&nbsp;aujourd’hui «&nbsp;è uno sguardo verso Roma che oggi appare lontano. Aleria è vicina per vicinanza culturale (città di fondazione greca, poi divenuta etrusca e romana), storica e per quell’aria di famiglia che avvicina la Corsica all’Italia, ma è lontana per una distanza politica e per una complessità di vicende storiche che hanno ostacolato e oscurato i profondi legami che uniscono Corsica e Italia, trasformando la vicinanza geografica in lontananza ogni volta che da Roma ci si deve muovere verso quest’isola, vista la difficoltà di collegamento dall’Italia.&nbsp;»</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les confréries, projet spirituel et matériel pour recoudre le tissu local</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">En Corse, Alessandra Broccolini retrouve les caractéristiques de toutes les confréries liées à l’Eglise catholique&nbsp;: des associations laïques, fidèles à l’esprit qui a présidé à leur création au Moyen-Age&nbsp;: vouées à un culte particulier, à des actions caritatives et d’entraide, et bien sûr à la pratique spirituelle. Majoritairement masculines mais avec une grande diversité sociale. <br />  A ses yeux, ce qui distingue les confréries corses, c’est leur grande autonomie par rapport à l’institution ecclésiastique, et l’importance de leur fonction sociale «&nbsp;ancora più marcata, vista la caratteristica della struttura comunitaria della società tradizionale còrsa, dove ogni paese in passato aveva una o più confraternite.&nbsp;» <br />  De son point de vue, l’autonomie des confréries corses s’exprime à la fois à travers une certaine distance vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique, et à travers une grande diversification du répertoire des chants «&nbsp;tanto da fare identificare il repertorio dei canti di una confraternita con il suo territorio di provenienza.&nbsp;» <br />   <br />  Elle rappelle néanmoins qu’au cours du XX° siècle, ce tissu confraternel s’est considérablement effiloché du fait de l’exode rural&nbsp;et de l’affaiblissement de la dimension communautaire de la société. «&nbsp;Oggi, in molti paesi, a testimonianza di questo passato sono rimaste solo le <em>casazze</em>, le chiese di proprietà delle confraternite dove ci si riuniva per la preghiera o per il canto. Con il declino delle confraternite, che negli anni 1970 erano ridotte ad una decina sull’isola, è andato disperso in molti casi anche il repertorio dei canti polifonici sacri in latino, un processo che è stato accelerato anche dalla sostituzione del latino con la lingua vernacolare conseguente al Concilio Vaticano II (1962-1965), che in Corsica ha significato l’introduzione di canti religiosi moderni in lingua francese.<span style="text-align: justify;">&nbsp;»</span> <br />  En revanche, elle souligne un certain regain du mouvement confraternel à partir des années 1980, dans le contexte du <em>Riacquistu</em>. Cette «&nbsp;renaissance&nbsp;», selon le mot de l’ethnomusicologue Caroline Bithell apparaît d’ailleurs tout à fait en cohérence avec le processus de revitalisation des fêtes religieuses et des rituels qui s’est observé en Europe dans les années 1990. <br />  «&nbsp;In questo senso la Corsica non si è discostata dai processi culturali che si sono verificati in Europa per quanto riguarda la ripresa delle tradizioni festive. La rinascita delle confraternite in Corsica ha beneficiato di quel clima di entusiasmo per l’identità culturale còrsa che abbiamo visto nel fenomeno del <em>riacquistu</em>; sono stati infatti soprattutto dei giovani, spesso residenti altrove ma originari del paese, a riprendere l’attività delle confraternite iniziando soprattutto con il ripristino del repertorio dei canti.&nbsp;»</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A cunfraterna di a Serra, primi passi</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">A cunfraterna d’a Serra a été créée, ou plutôt recréée à Pianellu en 1992, sur les vestiges d’une confrérie dissoute. &nbsp; <br />  Alessandra Broccolini prend soin de bien situer la démarche&nbsp;: «&nbsp;Pianellu è un piccolo paese di montagna a circa 1000 m di altezza, legato storicamente ad Aleria che oggi conta poco più di duemila abitanti, ma la sua evoluzione è in crescita, come tutti i siti costieri a scapito della montagna. Il legame storico tra la piaghja di Aleria e la muntagna di Pianellu è dovuto all’attività dei pastori – prevalente attività economica del territorio – che anticamente e fino a non molti anni fa, transumavano fino alla piana di Aleria nei mesi invernali per tornare sulla montagna con gli animali nei mesi estivi.&nbsp;» <br />  Le diagnostic territorial qu’elle pose est précis, caractérisé par «&nbsp;una dinamica pianura-montagna che ha visto invertire la consistenza demografica dei suoi due centri&nbsp;: oggi è Aleria il paese maggiormente sviluppato che ha visto convertire le sue attività nel terziario turistico. Mentre Pianellu, che rappresentava anticamente il principale centro della valle della Serra, è passato da 670 abitanti nel 1901 a 66 nel 2018. In estate il paese si rianima di ritorni di vecchi abitanti che qui passano le vacanze, ma in inverno il numero si riduce molto arrivando anche ad una trentina. » <br />  &nbsp; <br />  Le projet de relancer la confrérie, c’est Jean-Charles Adami qui l’entreprend.&nbsp;Etudiant à l’époque, ce Pianellacciu du côté maternel est depuis devenu enseignant de langue et culture corse, mais aussi agriculteur, éleveur, animateur culturel. <br />  Aujourd’hui, il vit à Bastia où il enseigne au lycée Giocante di Casabianca, mais Alessandra Broccolini insiste sur le «&nbsp;continuo pendolarismo tra la città e il paese&nbsp;» qu’il partage avec d’autres confrères originaires de la vallée de la Serra. Il se souvient bien du début de l’aventure: <br />  <em>«&nbsp;Quand la Confrérie de la Pieve de la Serra renaît en 1992, elle est la seule structure de ce type à reprendre vie dans ce secteur de l’île. L’initiative a certainement été influencée par le contexte socio-culturel de l’époque où l’on ne distinguait pas vraiment l’identité insulaire renaissante des aspects liés au fait religieux. Alors étudiant à Corte, j’avais été marqué par un de mes professeurs, Joseph Orsolini, qui a réveillé en moi un grand intérêt pour le patrimoine matériel et immatériel de tradition populaire. Puis c’est avec Don Marcu Negroni, chantre de Pianellu d’une génération antérieure à la mienne, que j’ai évoqué pour la première fois l’idée de remettre sur pied l’expérience confraternelle. Dès le premier instant, j’ai pu compter sur son aide et sur sa bienveillance pour mener à bien ce projet. L’idée première que nous partagions visait à restaurer des usages, des espaces et des temps de vie religieuse. Toutefois, si la question patrimoniale prenait évidemment toute sa part dans un processus d’inculturation de la foi, notre projet relevait surtout d’une sensibilité particulière aux choses de ce monde; cette dernière nécessitant que l’on prête ensemble et fraternellement attention à nos désespoirs, à nos désillusions et à nos peines.&nbsp;»</em> <br />   <br />  Si le travail accompli par cette communauté de transmission mêle intensément social et spirituel, il présente aussi un riche bilan historique, anthropologique et ethnomusicologique. <br />  <em>«&nbsp;Pendant longtemps notre action s’est presque exclusivement consacrée à la récupération du répertoire cantoral et à la restauration des pratiques liturgiques et dévotionnelles. Par touches successives, ont réapparu des œuvres&nbsp;</em><em>inespérées aujourd’hui communément pratiquées. Les sollicitations des plus jeunes, le rétablissement d’un espace spirituel et symbolique puissant, l’effort de ritualisation qui lui est propre, ont finalement abouti à la résurgence d’un ancien répertoire qui compte aujourd’hui parmi les plus complets de Corse.»</em></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le lien social à l’échelle de la Pieve</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Alessandra Broccolini a également été intéressée par l’échelle «&nbsp;pievane&nbsp;» de la confrérie. «&nbsp;Nel ri-costituire la confraternita si volevano superare sia i confini sociali (la confraternita viene concepita come un luogo traversale nel quale chiunque si può riconoscere), che i confini parrocchiali e campanilistici, per diventare un fenomeno nuovo, una confraternita “pievana”.<span style="text-align: justify;">&nbsp;»</span> <br />  En effet, les membres qui la composent sont originaires de diverses petites communes de la vallée d’A Serra&nbsp;:&nbsp; parmi les 12 membres fondateurs, 6 sont de Pianellu, 2 de Zalana, 1 de Matra, 1 de Moita, 1 de Tox, et enfin&nbsp;quelqu’un qui n’était pas originaire de la pieve et vient de Ghisonaccia. <br />  Pour Jean-Charles Adami, «&nbsp;cette volonté de dépasser le cadre paroissial répondait d’abord aux contraintes imposées par le dépeuplement massif de nos régions “d’extrême ruralité”. La réponse voulait aussi s’inscrire dans la cohérence d’un territoire de vie partagé. La pieve en tant qu’unité socio-culturelle de base depuis le Moyen Âge, semblait parfaitement adapté. Cette innovation organisationnelle alors unique en Corse, avait été confortée par la consultation de nos archives confraternelles&nbsp;: ces dernières faisaient état d’une structure commune aux confères et cons<span style="text-align: justify;">œurs</span>&nbsp;des paroisses voisines de Pianellu et Ampriani aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ampriani était encore une vice-paroisse à cette époque et ce regroupement de référence était pour nous le reliquat d’un fonctionnement pievan encore plus ancien. De son côté, l’évêché se réfugiait dans une analyse purement administrative et ne retenait froidement du projet que la dimension “inter-paroissiale” qu’il appelait de ses vœux&nbsp;partout en Corse. Les liens de l’homme au lieu et leur traduction sensible lui importaient finalement peu.&nbsp;» <br />  &nbsp; <br />  Adami et les autres confrères voulaient certes créer un espace de liberté, à la marge des acteurs institutionnels et ecclésiastiques, mais aussi un espace d’égalité et de démocratie «&nbsp;dove si potessero ricucire e ricostruire degli spazi di azione condivisa dentro una dimensione paisana di matrice agropastorale&nbsp;» nous dit Alessandra Broccolini. Elle souligne en outre que le projet est renforcé par une forte spiritualité qui se noue dans le lien à la terre&nbsp;«&nbsp;non solo come luogo di un’appartenenza culturale, ma anche come ambiente nel senso fisico e universale di terra coltivata, vissuta, percorsa, attraversata e in questo senso svincolata da confini e da rivendicazioni politico-identitarie.&nbsp;» <br />  La confraternita viene dunque intesa come “corpo intermedio” tra la sfera istituzionale pubblica e quella privata, o anche tra la Chiesa come istituzione e la società civile, dove la comunità trasversale dei confratelli si incontra con la comunità paisana. Jean-Charles Adami parle d’ailleurs d’&nbsp;« espace-tiers&nbsp;»: <br />  <em>«&nbsp;En vérité, positionnée de façon subtile à la charnière de l’Église catholique instituée et de la société civile, la confrérie constitue une sorte d’espace tiers. [...]. Bien que modeste, cet effort de pensée s’inscrit dans la volonté de ré-humanisation de nos territoires montagnards dont la démographie n’a jamais été aussi faible. Il s’agit ainsi, pour répondre aux deux acceptions possibles du terme ré-humaniser, de tenter le repeuplement des zones abandonnées, tout en promouvant le rétablissement d’un rapport de parfaite harmonie entre les individus qui s’y engagent</em>.&nbsp;»</div>  
     </div>
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     <div><b>Patrimionalisation et dépolitisation de l'identitaire</b></div>
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      <div style="text-align: justify;">Au-delà de ce travail de patrimonialisation et de militance spirituel, la Confrérie a cheminé vers d’autres sujets importants qui ont joué un rôle important pour Pianellu. «&nbsp;Il primo è stata una associazione di militanza di cultura non violenta, l’associazione <em>Umani. Fundazione di Corsica, </em>mentre il secondo soggetto è stato il <em>Foyer Rural </em>di Pianellu, un altro “terzo spazio” di azione locale composto da <em>paisani pianellacci</em>, questa volta laico ma ispirato ai valori della confraternita<em>.&nbsp;»</em> <br />  L’association <em>Umani </em>a été fondée en 2002 par les frères Bernardini du groupe <em>I Muvrini </em>– groupe au sein duquel a chanté aussi régulièrement Jean-Charles Adami – et promeut la culture de la non-violence comme réponse à la violence qui avait frappé la Corse des années 1990. &nbsp; <br />   <br />  Les <em>Foyers Ruraux </em>sont des associations locales de citoyens mobilisés dans des petits villages, sans connotation politique, qui s’occupent d’animation culturelle (par l’organisation de fêtes, de concerts et d’activités variées ouvertes à tous), mais développent aussi des relations d’entraide en ressoudant &nbsp;les liens sociaux entre gens d’un même habitat. Alessandra Broccolini remarque que sur la page Facebook du <em>Foyer Rural A Teghja di Pianellu</em>, l’association se définit comme <span style="text-align: justify;">«&nbsp;</span><em>une structure d’éducation populaire, permanente et de promotion sociale du village de Pianellu</em><span style="text-align: justify;">&nbsp;»</span>. <br />  Le projet porté par les trois acteurs (confrérie, <em>Umani </em>et foyer rural) exprime la volonté de s’inscrire dans un discours identitaire alternatif et même opposé au discours politique nationaliste des années de plomb de la violence politique en Corse&nbsp;; mais plus largement, il marque une divergence par rapport au <em>Riacquistu </em>qui assumait une forte dimension politique. «&nbsp;Al contrario, è stato un progetto mosso da una istanza di pace e di fratellanza radicato in una azione locale (<em>la cultura paisana</em>) ma animato da una visione di spiritualità universale&nbsp;» nous dit l’anthropologue qui cite longuement Jean-Charles Adami&nbsp;: <br />  &nbsp; <br />  <em>«&nbsp;On est souvent le fruit de son époque et à ce titre le mouvement culturel et politique du Riacquistu a joué chez nous aussi son rôle d’imprégnation. Pour autant, il convient de relativiser ses effets en comprenant d’abord que la pratique cantorale de notre pieve n’avait pas totalement disparu.</em> <br />  <em>Le chant sacré était encore très vivace pour ce qui regardait le commun de la messe. Nous étions en 1992 dans le contexte d’un usage vocal traditionnel ayant vécu et survécu en dehors des bouleversements idéologiques de cette fin de XXème siècle en Corse. Parmi les anciens chantres qui ont tous été nos maîtres et ont constitué avec des jeunes les premiers rangs de la confrérie, aucun ne se reconnaissait dans le “mouvement national corse”. Leurs options politiques de droite ou de gauche selon la personne, étaient inscrites dans le cadre de partis “hexagonaux”. Le Riacquistu a d’abord été le propre de la jeunesse. Il a chez elle indéniablement conduit à la conscientisation du fait patrimonial et lui a permis de prendre garde aux menaces de disparition. C’est en ce sens que l’on pourrait conclure à un effet positif du mouvement identitaire sur notre action. L’effort de structuration confraternelle était en effet essentiellement porté par les jeunes. Ses effets, qui découlaient d’une sorte de pédagogie sociale appliquée à nos communautés villageoises, devaient conduire à la restauration des pratiques rituelles et, par là même, à la sauvegarde d’un ample registre de chants sacrés que nos anciens avaient enfouis dans leur mémoire. Par les aspirations des jeunes et des anciens conjuguées, notre structure n’a toutefois jamais versé dans la revendication idéologique et partisane. Nous avons tous pris la mesure de cette nécessité à un moment où le Riacquistu aboutissait, dans tous les espaces de vie, à la politisation du fait identitaire. La confrérie s’est toujours volontairement abstenue de ces choses et s’est strictement cantonnée à sa mission première de foi, d’espérance et surtout de charité.&nbsp;»</em> <br />  &nbsp; <br />  Nous verrons dans un prochain article que l’action de la confrérie de la Serra est allée bien au-delà des rites et des chants. En se rapprochant du foyer rural, de l’association <em>Umani </em>mais aussi d’autres associations, ses membres se sont lancés dans des initiatives de structuration des échanges avec d’autres confréries de l’île, de France et d’Italie&nbsp;; dans l’organisation de manifestations musicales pour revitaliser les villages de la vallée&nbsp;; dans des actions d’entretien du territoire et de l’environnement&nbsp;; dans l’organisation de séminaires scientifiques&nbsp;; et enfin dans des actions de promotion et de sauvegarde la biodiversité cultivée par un certain retour à la terre. <br />  Autant d’expériences vertueuses où l’individu retrouve avec bonheur le collectif et la transcendance.</div>  
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     <div><b>Pour aller plus loin</b></div>
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      Ce texte est la première partie d’une adaptation de l’article d’Alessandra Broccolini que vous pouvez télécharger. <br />   <br />  &nbsp;
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