Qu’écoutent majoritairement les jeunes Corses aujourd’hui ? Canta, I Muvrini ? Oui un peu, mais avant tout Aya Nakamura, Jul, Dadju ou Orelsan, comme les jeunes continentaux ! Que dansent ces mêmes jeunes ? Le quadrille ? Pas vraiment, plutôt le hip-hop, le shuffle ou le floss, dont on retrouve aujourd’hui les plus belles représentations sur Insta ou TikTok.
L’idée n’est pas d’opposer culturellement la tradition à la modernité, ni d’intenter un procès en légitimité de l’une ou de l’autre, mais simplement d’apporter un éclairage sur des pratiques culturelles qui s’installent et s’enracinent dans une société corse en pleine mutation et dont les apports extérieurs contribuent à modifier sensiblement et rapidement la physionomie économique, sociale et culturelle.
De ce constat et de ce désir est née l’idée de réaliser un documentaire. Je suis parti à la rencontre de jeunes artistes corses qui revendiquent et pratiquent cette culture urbaine.
Enzo, un jeune rappeur ajaccien qui clame les espoirs et les doutes de sa génération depuis son quartier des Cannes.
Les membres d’Indepen’danse crew, champions de France et d’Europe de hip-hop 2024, qui trouvent dans la danse urbaine le moyen d’exprimer leur fougue et leur originalité.
Ou encore des graffeurs et des pratiquants de sports urbains comme le parkour sont aussi présentés aussi dans ce documentaire, afin d’établir une photographie de cette émergence culturelle au sein de la jeunesse insulaire.
Derrière ces jeunes talents, derrière leurs parcours et leur quotidien, c’est, en filigrane, toute la dimension sociétale de cette tendance qui apparaît.
L’idée n’est pas d’opposer culturellement la tradition à la modernité, ni d’intenter un procès en légitimité de l’une ou de l’autre, mais simplement d’apporter un éclairage sur des pratiques culturelles qui s’installent et s’enracinent dans une société corse en pleine mutation et dont les apports extérieurs contribuent à modifier sensiblement et rapidement la physionomie économique, sociale et culturelle.
De ce constat et de ce désir est née l’idée de réaliser un documentaire. Je suis parti à la rencontre de jeunes artistes corses qui revendiquent et pratiquent cette culture urbaine.
Enzo, un jeune rappeur ajaccien qui clame les espoirs et les doutes de sa génération depuis son quartier des Cannes.
Les membres d’Indepen’danse crew, champions de France et d’Europe de hip-hop 2024, qui trouvent dans la danse urbaine le moyen d’exprimer leur fougue et leur originalité.
Ou encore des graffeurs et des pratiquants de sports urbains comme le parkour sont aussi présentés aussi dans ce documentaire, afin d’établir une photographie de cette émergence culturelle au sein de la jeunesse insulaire.
Derrière ces jeunes talents, derrière leurs parcours et leur quotidien, c’est, en filigrane, toute la dimension sociétale de cette tendance qui apparaît.
La genèse du projet
Parce que j'ai été formé à l'image fixe et à la captation d'une certaine fugacité de l'instant, j'ai boudé la vidéo pendant longtemps. Je trouvais, à tort, moins de noblesse et de spontanéité à ce médium. Mais quand j'ai créé la revue Quì, j'ai eu envie de réaliser des podcasts pour compléter nos reportages papier et paradoxalement c'est la prise de son pour ces podcasts qui m'a fait lentement glisser vers la vidéo. Je faisais des images, j'enregistrais du son... l'envie d'allier les deux avec un seul médium s'est finalement imposée naturellement il y a deux ans.
Avec le recul, je me rends compte que l'approche documentaire est la même pour moi que ce soit en photo ou en vidéo : il faut trouver un sujet, cerner les problématiques et raconter une histoire. Ce sont les moyens de raconter cette histoire qui diffèrent, pas le point de vue, ni l'histoire elle-même.
L’idée de ce documentaire sur les cultures urbaines en Corse a germé lors d’un reportage de plusieurs semaines réalisé il y a trois ans dans la cité des Cannes à Ajaccio. Outre l’énergie vitale qui se dégageait de ce quartier en pleine mutation qui me fascinait, j’ai fait la connaissance d’un jeune rappeur de 16 ans, Enzo, dont l’assurance et la maturité d’esprit m’ont d’emblée surpris et séduit. À travers lui, je découvrais l’existence d’une jeunesse corse que je ne connaissais pas, moins stéréotypée, moins soucieuse des apparences et du « qu’en dira-t-on ». Mais je découvrais aussi, et surtout, un jeune bien dans sa peau, dévoré par sa passion pour les mots et trouvant dans le rap le meilleur moyen de l’assouvir.
Cette rencontre a coïncidé avec les débuts de l'un de mes fils à l'école de danse hip-hop Indépendanse dirigée par Danielle Poli. En les observant, j'y ai retrouvé la même passion exclusive qu'Enzo pour leur pratique artistique. Ces jeunes ne vivent vraiment que pour le hip-hop, tout leur temps libre est consacré à la danse. Ce faisant, ils se retrouvent un peu en marge de la jeunesse insulaire et vivent dans une sorte de bulle artistique qui fait leur différence et leur originalité. Ils ne sont pas coupés du reste du monde dans lequel ils se meuvent avec aisance. Ils vivent leur jeunesse corse loin des centres commerciaux, des bars branchés et des boîtes de nuit pour se consacrer à leur art mais cela n'en fait pas pour autant des marginaux. J'ai suivi spécifiquement une équipe d'une dizaine de danseurs et danseuses qui veulent s'engager dans un parcours professionnel et sont donc prêts à sacrifier une partie des activités de leur âge pour la danse. J'ai retrouvé la même abnégation et la même volonté chez Enzo, le rappeur ou les frères Palmas qui pratiquent le Parkour, une autre discipline de la culture urbaine.
En explorant le développement des cultures urbaines en Corse, j’ai découvert un monde à part fait de jeunes artistes et de jeunes sportifs mus par leur passion pour le graff, le rap ou la danse hip-hop. Contrairement à l’idée que je pouvais m’en faire, je n’ai pas trouvé de jeunes en mal d’intégration sociale ou culturelle.
J’ai rencontré, au contraire, une jeunesse épanouie dans ses pratiques artistiques respectives, une jeunesse volontaire et ambitieuse qui entend bien faire sa place au-delà de nos frontières insulaires, une jeunesse corse qui revendique sa double culture insulaire et universellement urbaine. L’envie de poser ma caméra ou de la laisser vagabonder au sein de ce creuset culturel et artistique s’est imposée comme une évidence.
Avec le recul, je me rends compte que l'approche documentaire est la même pour moi que ce soit en photo ou en vidéo : il faut trouver un sujet, cerner les problématiques et raconter une histoire. Ce sont les moyens de raconter cette histoire qui diffèrent, pas le point de vue, ni l'histoire elle-même.
L’idée de ce documentaire sur les cultures urbaines en Corse a germé lors d’un reportage de plusieurs semaines réalisé il y a trois ans dans la cité des Cannes à Ajaccio. Outre l’énergie vitale qui se dégageait de ce quartier en pleine mutation qui me fascinait, j’ai fait la connaissance d’un jeune rappeur de 16 ans, Enzo, dont l’assurance et la maturité d’esprit m’ont d’emblée surpris et séduit. À travers lui, je découvrais l’existence d’une jeunesse corse que je ne connaissais pas, moins stéréotypée, moins soucieuse des apparences et du « qu’en dira-t-on ». Mais je découvrais aussi, et surtout, un jeune bien dans sa peau, dévoré par sa passion pour les mots et trouvant dans le rap le meilleur moyen de l’assouvir.
Cette rencontre a coïncidé avec les débuts de l'un de mes fils à l'école de danse hip-hop Indépendanse dirigée par Danielle Poli. En les observant, j'y ai retrouvé la même passion exclusive qu'Enzo pour leur pratique artistique. Ces jeunes ne vivent vraiment que pour le hip-hop, tout leur temps libre est consacré à la danse. Ce faisant, ils se retrouvent un peu en marge de la jeunesse insulaire et vivent dans une sorte de bulle artistique qui fait leur différence et leur originalité. Ils ne sont pas coupés du reste du monde dans lequel ils se meuvent avec aisance. Ils vivent leur jeunesse corse loin des centres commerciaux, des bars branchés et des boîtes de nuit pour se consacrer à leur art mais cela n'en fait pas pour autant des marginaux. J'ai suivi spécifiquement une équipe d'une dizaine de danseurs et danseuses qui veulent s'engager dans un parcours professionnel et sont donc prêts à sacrifier une partie des activités de leur âge pour la danse. J'ai retrouvé la même abnégation et la même volonté chez Enzo, le rappeur ou les frères Palmas qui pratiquent le Parkour, une autre discipline de la culture urbaine.
En explorant le développement des cultures urbaines en Corse, j’ai découvert un monde à part fait de jeunes artistes et de jeunes sportifs mus par leur passion pour le graff, le rap ou la danse hip-hop. Contrairement à l’idée que je pouvais m’en faire, je n’ai pas trouvé de jeunes en mal d’intégration sociale ou culturelle.
J’ai rencontré, au contraire, une jeunesse épanouie dans ses pratiques artistiques respectives, une jeunesse volontaire et ambitieuse qui entend bien faire sa place au-delà de nos frontières insulaires, une jeunesse corse qui revendique sa double culture insulaire et universellement urbaine. L’envie de poser ma caméra ou de la laisser vagabonder au sein de ce creuset culturel et artistique s’est imposée comme une évidence.
La double culture
Les premières heures de ce que l’on désigne communément « cultures urbaines » remontent aux années 1970, dans les quartiers noirs défavorisés des États-Unis. Ayant pour pilier le mouvement hip-hop, elles promeuvent notamment les valeurs humaines de partage, de respect et de vivre ensemble. Elles sont aussi porteuses d’un certain nombre de revendications et de constats sur la condition sociale de ceux qui les expriment.
À cette époque, la communauté noire américaine représente 30 % des 234 millions d’habitants que comptent les États-Unis. Elle est cependant la plus touchée par la pauvreté et est la cible d’une véritable ségrégation raciale. C’est dans ce contexte nourri par des éclatements sociaux, de décompositions familiales, des différences de classes sociales que le hip-hop a pris forme. Il n’est sans doute pas un hasard qu’il l’ait fait au cœur du Bronx.
Né sur les injustices de la modernité et dans une société qui laissait du monde à sa porte, le hip-hop deviendra tout à la fois un moyen d’expression, un mouvement contestataire et de révolution, mettant en contraste les riches des quartiers d’affaires et les pauvres des ghettos délabrés. C’est ce qui justifie, en fait, le lien permanent entre les cultures urbaines et l’espace public. La rue, comme espace de vie, source d’inspiration, lieu d’expression et de négociation, est l’épine dorsale des cultures urbaines.
En Corse, au même moment, les événements des années 1970 marquent une rupture dans la société insulaire dont une partie revendique la réappropriation de la langue et de la culture corses.
Dans un contexte politique nouveau, marqué par l’émergence du mouvement nationaliste, la musique et le chant vont évoluer pour devenir un argument de revendication.
La nouvelle génération de chanteurs, qui reprend en compte la tradition orale, s’éloigne du chant en vogue marqué par Tino Rossi et bien d’autres. C’est le fameux « Riacquistu ».
Cinquante ans plus tard, le rap américain a perdu de sa dimension identitaire originelle pour devenir un mode d’expression artistique majeur et universel. Les jeunes du monde entier vibrent aux sons des mêmes artistes et l’influence des cultures urbaines ruisselle désormais dans toutes les strates de la société.
Cinquante ans plus tard, le Riacquistu a également laissé derrière lui une bonne part de son aspect revendicatif et le patrimoine immatériel qu’il nous a légué est désormais intégré par la population corse. On ne compte plus les groupes de jeunes chanteurs insulaires qui reprennent à l’unisson les standards musicaux de cette époque.
Imprégnée de cet héritage culturel, la jeunesse corse actuelle est-elle pour autant imperméable à l’engouement international pour les cultures urbaines venues des USA ?
Bien au contraire, les jeunes Corses se fondent parfaitement dans un mouvement profond et durable qui transcende les cultures et les frontières. Les jeunes insulaires idolâtrent les mêmes artistes que leurs homologues italiens, anglais ou américains. Ils dansent sur les mêmes musiques et partagent leurs expériences et leurs influences sur des réseaux sociaux devenus les premiers vecteurs culturels à l’échelle planétaire.
À cette époque, la communauté noire américaine représente 30 % des 234 millions d’habitants que comptent les États-Unis. Elle est cependant la plus touchée par la pauvreté et est la cible d’une véritable ségrégation raciale. C’est dans ce contexte nourri par des éclatements sociaux, de décompositions familiales, des différences de classes sociales que le hip-hop a pris forme. Il n’est sans doute pas un hasard qu’il l’ait fait au cœur du Bronx.
Né sur les injustices de la modernité et dans une société qui laissait du monde à sa porte, le hip-hop deviendra tout à la fois un moyen d’expression, un mouvement contestataire et de révolution, mettant en contraste les riches des quartiers d’affaires et les pauvres des ghettos délabrés. C’est ce qui justifie, en fait, le lien permanent entre les cultures urbaines et l’espace public. La rue, comme espace de vie, source d’inspiration, lieu d’expression et de négociation, est l’épine dorsale des cultures urbaines.
En Corse, au même moment, les événements des années 1970 marquent une rupture dans la société insulaire dont une partie revendique la réappropriation de la langue et de la culture corses.
Dans un contexte politique nouveau, marqué par l’émergence du mouvement nationaliste, la musique et le chant vont évoluer pour devenir un argument de revendication.
La nouvelle génération de chanteurs, qui reprend en compte la tradition orale, s’éloigne du chant en vogue marqué par Tino Rossi et bien d’autres. C’est le fameux « Riacquistu ».
Cinquante ans plus tard, le rap américain a perdu de sa dimension identitaire originelle pour devenir un mode d’expression artistique majeur et universel. Les jeunes du monde entier vibrent aux sons des mêmes artistes et l’influence des cultures urbaines ruisselle désormais dans toutes les strates de la société.
Cinquante ans plus tard, le Riacquistu a également laissé derrière lui une bonne part de son aspect revendicatif et le patrimoine immatériel qu’il nous a légué est désormais intégré par la population corse. On ne compte plus les groupes de jeunes chanteurs insulaires qui reprennent à l’unisson les standards musicaux de cette époque.
Imprégnée de cet héritage culturel, la jeunesse corse actuelle est-elle pour autant imperméable à l’engouement international pour les cultures urbaines venues des USA ?
Bien au contraire, les jeunes Corses se fondent parfaitement dans un mouvement profond et durable qui transcende les cultures et les frontières. Les jeunes insulaires idolâtrent les mêmes artistes que leurs homologues italiens, anglais ou américains. Ils dansent sur les mêmes musiques et partagent leurs expériences et leurs influences sur des réseaux sociaux devenus les premiers vecteurs culturels à l’échelle planétaire.
Une génération enthousiasmante
Personnellement, ce que je retiens de cette première expérience de réalisation, c'est avant tout l'aventure humaine que cela représente. Il s'agit d'un film choral avec pas mal de protagonistes qu'il a fallu trouver, convaincre et enfin mobiliser pendant deux ans. En fonction de la disponibilité des uns et des autres, le film s'est étiré dans le temps et la difficulté consistait avant tout à maintenir tendu le fil de ma réalisation et donc de ma narration. Même s'ils étaient tous motivés et coopératifs, les jeunes d'aujourd'hui entretiennent un rapport différent à l'image. Ils sont habitués à être filmés ou à se filmer eux-mêmes pour les réseaux qu'ils alimentent en permanence et il a fallu faire preuve de pédagogie et de persévérance pour leur faire prendre conscience des enjeux d'une telle réalisation.
Ceci dit, tout cela était largement compensé par leur énergie communicative et revigorante. J'ai pris beaucoup de plaisir à les voir danser, rapper ou graffer avec une fougue et un plaisir qui ne se sont jamais démentis en deux ans de préparation et de tournage. Cela m'a réconcilié avec cette génération Z que l'on considère un peu trop hâtivement comme dilettante ou paresseuse. C'est tout l'inverse que j'ai constaté et cela donne foi en l'avenir.
Enfin, au risque de me répéter, le plus enrichissant pour moi aura été la rencontre avec une jeunesse corse différente, méconnue et souvent invisibilisée mais pourtant bien dans ses baskets et dans son île. Inconsciemment, ils sont l'émanation d'un syncrétisme culturel qui fait la jonction entre l'univers insulaire dans lequel ils évoluent depuis l'enfance et le bouillon de culture international dans lequel ils sont baignés continuellement via les médias et les réseaux sociaux. Pour eux, il n'y a visiblement aucune incompatibilité entre les deux et c'est une bonne chose je crois.
Ceci dit, tout cela était largement compensé par leur énergie communicative et revigorante. J'ai pris beaucoup de plaisir à les voir danser, rapper ou graffer avec une fougue et un plaisir qui ne se sont jamais démentis en deux ans de préparation et de tournage. Cela m'a réconcilié avec cette génération Z que l'on considère un peu trop hâtivement comme dilettante ou paresseuse. C'est tout l'inverse que j'ai constaté et cela donne foi en l'avenir.
Enfin, au risque de me répéter, le plus enrichissant pour moi aura été la rencontre avec une jeunesse corse différente, méconnue et souvent invisibilisée mais pourtant bien dans ses baskets et dans son île. Inconsciemment, ils sont l'émanation d'un syncrétisme culturel qui fait la jonction entre l'univers insulaire dans lequel ils évoluent depuis l'enfance et le bouillon de culture international dans lequel ils sont baignés continuellement via les médias et les réseaux sociaux. Pour eux, il n'y a visiblement aucune incompatibilité entre les deux et c'est une bonne chose je crois.
En savoir plus
Les illustrations sont des photogrammes issus du film de Jean-Christophe Attard, réalisé en 2025
Visionnable ici https://www.france.tv/documentaires/documentaires-art-et-culture/7667073-corsica-urbana.html
Visionnable ici https://www.france.tv/documentaires/documentaires-art-et-culture/7667073-corsica-urbana.html




