Robba
 



À quel avenir les forêts corses sont-elles promises ? (1)

Après avoir abordé la dimension agropastorale de notre économie dans son histoire passée mais aussi dans sa forme plus contemporaine, Thierry Casanova étudie la troisième composante de ce que les historiographes ont désigné comme notre civilisation agro-sylvo-pastorale : l’économie sylvicole corse. Cette première partie est consacrée à l’histoire de nos forêts du point de vue socio-économique. La seconde détaillera les perspectives, les stratégies et les orientations politiques à prendre pour conjurer le sort de cette économie en déshérence.



L’histoire des forêts de la Corse d’hier à aujourd’hui

À quel avenir les forêts corses sont-elles promises ? (1)
C’est un truisme d’affirmer au XXIe siècle que la sylviculture est avec l’agropastoralisme à l’origine de notre civilisation agro-sylvo-pastorale. En effet, ces trois activités sont les composantes fondamentales de notre économie multi séculaire : agriculture – sylviculture – pastoralisme.
Elles ont façonné la géographie de nos territoires. Elles ont contribué à singulariser notre identité culturelle. Elles ont forgé au cours des siècles l’histoire de notre société insulaire montagnarde rurale et méditerranéenne tant du point de vue de son évolution démographique, de son économie, de son organisation sociale, de ses modes de vie, de ses comportements, de ses valeurs politiques et morales.

Après avoir abordé la dimension agropastorale de notre économie – qu’elle soit vivrière, de subsistance et aujourd’hui de production – il me fallait aborder le dernier volet de cette triade qui repose sur une combinaison originale : terres cultivées, parcours pastoraux et espaces forestiers.
Dans son introduction à l’ouvrage de référence, Les forêts de la Corse [1], Jean-André Cancellieri rappelle « l’existence d’une ancienne et intense interaction entre l’homme et la forêt est illustrée par le fait que dans les régions d’ancienne occupation de l’espace, même les forêts qui nous semblent aujourd’hui pleinement naturelles sont presque toujours le produit de l’action de l’homme, presque à l’instar des champs cultivés, des prairies, des vergers voire des jardins historiques ».

Nos forêts calciques ont donc, quelles que soit les périodes étudiées au cours des siècles, bénéficié d’une exploitation de leurs ressources. Les forêts, comme les terres cultivées, étaient, pour ces montagnards – éleveurs, une source d’approvisionnement en bois (chauffage, menuiserie, outils agraires, pointes de flèches, haches, …), en alimentation pour les troupeaux (châtaignes, glands, parcours pastoraux, pâtures d’estives) mais aussi pour leurs besoins vitaux quotidiens (châtaignes, fruits sauvages, baies, gibiers, poissons de rivière).
Au même titre que l’agropastoralisme, l’histoire de nos forêts (l’inventaire forestier de 1987/88 en recense 165 [2]) s’inscrit dans ce que Fernand Braudel a appelé « le temps long » c’est-à-dire un temps au cours duquel on se doit de concilier les contraintes spécifiques du territoire – reliefs montagneux, conditions climatiques rudes l’hiver et arides l’été, accès abrupts et difficiles – avec la maîtrise de pratiques sylvicoles données en héritage par les générations plus anciennes : marquage, régénération, renouvellement des peuplements. Cette filiation générationnelle a permis à la sortie de la Seconde guerre mondiale de disposer de peuplements comportant de nombreux arbres de gros diamètre (jusqu’à 5.70 m de circonférence) et des bois d’œuvre de très grande qualité.

Le pin làriciu en est la figure emblématique. Il se développe entre 600 et 1800 mètres d’altitude (selon les expositions), arrive à maturité entre 150 et 180 ans et offre une hauteur de « tige » exceptionnelle (entre 35 et 50 mètres) [3].
Pour obtenir cette grande qualité de bois, il fallait que les écosystèmes soient préservés, que le travail d’entretien se fasse régulièrement et que les cohabitations avec les pratiques d’élevage traditionnel (u debbiu [4]) soient régulées dans le temps et dans l’espace.

Cette économie au long cours est basée sur un principe intangible : l’équilibre entre l’homme, le troupeau et le milieu naturel. C’est cette adéquation qui a constitué historiquement le socle de l’organisation sociale, économique et environnementale de nos communautés villageoises, de nos régions forestières, de nos montagnes corses. Elle renvoie à la définition très académique de ce que l’on nomme aujourd’hui le « développement durable ».
Malheureusement nous allons voir que dans l’histoire de nos forêts d’hier et d’aujourd’hui, cet équilibre a souvent été rompu au profit de visions court-termistes, mercantiles et parfois bellicistes. Les atermoiements, les contre pieds règlementaires ou politiques, les intérêts catégoriels de quelques-uns ont souvent altéré la bonne gestion des forêts corses, sans oublier que le fruit de ces errements, est aussi (surtout) en lien avec les dominations militaires successives qui ont émaillé notre histoire.

Qu’il s’agisse des occupations génoises (XIIe, XIVe, XVIe, XVIIIe siècles), de l’administration de la Banque de Saint-Georges (1453) ou de l’annexion de la Corse à la France (1769) après la très brève indépendance de la Corse (1755 – 1768) sous le généralat de Pasquale Paoli. Toutes ont porté lourdement préjudice à l’exploitation rationnelle et efficace de nos forêts.
Mais aujourd’hui qu’en est-il des forêts corses ? de leurs réalités sociales et économiques ? de leur potentiel de production ? de leurs capacités à produire de la richesse ? de leurs écosystèmes biodiversifiés ? de leur résilience face aux extrêmes climatiques ? de leurs aptitudes à lutter contre les gaz à effet de serre ?

Avant de répondre, il convient de présenter en quelques mots et en quelques chiffres la montagne et les forêts de Corse, rebaptisée par le législateur « Île montagne » en décembre 2016 [5].
En effet la Corse est avant toute chose « une montagne dans la mer » comme le disait Friedrich Ratzel en 1899 [6]. La plus accidentée des grandes îles de Méditerranée, celle qui offre 42 sommets compris entre 2000 et 2700 mètres d’altitude [7].

Géologiquement cette montagne dans la mer est double : à l’Ouest d’une ligne Calvi–Solenzara elle est cristalline, granitique et couvre les 2/3 de l’île. A l’Est, elle est schisteuse et alpine (Cap Corse et Castagniccia) avec ses maisons en toit de lauze (teghje).
Entre ces deux ensembles géologiques (le deçà des monts – U Cismonte et le delà des monts – U Pumonte), une succession de vallées séparées les unes des autres par des cols peu élevés et rattachés eux-mêmes à une arête faîtière qui constitue l’axe de pénétration avec l’intérieur de l’île. C’est probablement ce découpage géologique qui a imposé tout à la fois cette organisation territoriale particulière (vallées de l’Ornanu, du Taravu, de la Cinarca, du Niolu dans la haute vallée du Golu, …) et cette représentation d’identités locales diverses et variées.
 

[1]  Maria Pia Rota, Jean-André Cancellieri, De la nature à l’histoire, les forêts de la Corse, Alain Piazzola, 2004.
[2] Ministère de l’Agriculture et du Développement rural, 2e inventaire forestier des départements de Haute-Corse et de Corse du Sud, 1987/88.
[3] Jean-Louis Pieraggi, Éric Volto, L’île aux arbres, monuments végétaux de Corse, Albiana, 2023.
[4] Pratique d’écobuage traditionnel destinée à l’ouverture de clairière pour la pâture des troupeaux.
[5] Article 8 bis de la loi du 9.01.1985 relative au développement et à la protection de la montagne.
[6] Didier Rey, Atlas de la Corse contemporaine, Actes Sud, 2023.
[7] Georges Ravis-Giordani, Bergers Corses, les communautés villageoises du Niolu, Edisud, 1983.

Les forêts corses en chiffres

On dénombre onze grandes régions forestières en Corse [1] pour une surface totale d’environ 604 000 ha (IFN 2024) soit 69.6 % de la superficie de la Corse. 165 forêts relèvent du régime forestier pour une surface d’environ 150 000 ha dont 50 000 ha affectés aux forêts territoriales (transfert de propriété issu des accords de Matignon 2002) et 100 000 ha aux forêts communales.
Dans la très grande majorité des cas, ces dernières n’exploitent pratiquement pas leur capital forestier dans la mesure où elles ne disposent pas des moyens budgétaires (20% d’autofinancement) nécessaires à la réalisation des travaux forestiers. À noter qu’une forêt est détenue par le conservatoire du littoral (massif de Pinia).

95% de l’exploitation forestière de Corse est donc réalisée sur le contingent forestier des forêts territoriales et gérée par l’Office National des Forêts (ONF) dans le cadre d’une convention qui régit les compétences de l’Etat et de la Collectivité de Corse, définit la nature et le coût des prestations conventionnelles à pratiquer, précise les différents programmes de travaux à réaliser ainsi que les plans de formation et d’accompagnement à effectuer.
24 ans après ce transfert de compétence, cette convention ad hoc n’est toujours pas signée par les parties concernées et continue de poser, bien évidemment, de nombreux problèmes en termes de gestion des agents (80 relèvent toujours de l’ONF et 30 ont été réintégrés à la CdC), de transfert de parcelles foncières, d’occupation et de réhabilitation parfois urgente du parc immobilier forestier corse (16 maisons forestières dont certaines en état de délabrement avancé sont concernées).

Enfin 454 000 ha sont détenus par des propriétaires privés mais seulement 60% de cette superficie a véritablement un potentiel de production. Actuellement la forêt privée dépend du Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF). Elle n’est quasiment pas exploitée en raison de l’extrême morcellement foncier (95% des ensembles forestiers d’un seul tenant font moins de 4 ha), de son indivision parcellaire récurrente et du faible taux de rentabilité (rapport coût/produit) des opérations de rénovation. Selon les chiffres communiqués par le PEFC Corsica (Program for the Endorsement of Forest Certification) [2] on dénombrait en 2024, 66 300 propriétaires privés pour 245 680 ha recensés et seulement 56 165 ha de forêts certifiées soit moins de 10% de la surface forestière régionale.

Les forêts corses sont donc principalement exploitables dès lors qu’elles dépendent du domaine public relevant du code forestier. Sur les 150 000 ha recensés 70 % sont potentiellement productifs et peuplés à 75% de feuillus [3].
Les résineux (làriciu, pin maritime) couvrent 73 000 ha. Ils sont essentiellement situés au-dessus de 1200 m et implantés sur la forêt territoriale. Ces peuplements demeurent difficiles d’accès (état des dessertes) et souvent retraités en bois énergie alors qu’ils ont par nature une destination originelle de bois d’œuvre.
 
Essences les plus répandues [4]
Chêne vert 80 000 ha
Pin maritime 45 000 ha
Pin lariciu 28 000 ha
Chêne liège 29 000 ha
Hêtre 13 000 ha
Châtaignier 10 000 ha
 
En théorie, le volume de bois sur pied est estimé globalement entre 41 et 46 millions de m3 mais seulement 20% sont à ce jour raisonnablement exploitables en raison des difficultés d’accès au peuplement, de la qualité des bois et des volumes de bois dits morts (environ 2 millions).
Selon les chiffres de l’Inventaire Forestier National, la forêt corse a progressé au cours des huit dernières années d’environ 6 700 ha/an, soit une croissance naturelle proche d’un million de m3 par an. Elle a plus que doublé sa surface forestière au cours des 40 dernières années (253 330 ha en 1988).

Ces chiffres sont préoccupants. Ils interpellent car ils démontrent que l’absence d’entretien régulier des forêts, notamment par un travail constant de sylviculture (préparation des terrains, dégagement des semis, débroussaillement, dépressage, éclaircies, coupes d’amélioration, taille et élagage, régénération, marquage, intervention sanitaire, protection des sols et de la biodiversité, adaptation des peuplements au changement climatique), contribue à l’accroissement des futaies irrégulières, difficilement exploitables d’un point de vue économique.
« Dans une futaie régulière, les arbres d’une même parcelle sont en général issus d’une même génération de peuplement. 1000 m3 peuvent être prélevés sur 1 ha. Dans une futaie irrégulière, pour mobiliser le même cubage, l’exploitant peut être amené à intervenir sur 10 ha. Certes, cela représente le même volume de bois mais pas le même coût d’exploitation » [5].

Ces chiffres résument bien la situation. Les prélèvements de bois représentent aujourd’hui à peine 12.5% de l’accroissement des forêts corses (chiffre le plus bas de France) et confirment la mise en sommeil des activités sylvicoles et surtout le risque permanent que cela fait peser en termes d’incendie, d’impact sur la biodiversité et les écosystèmes.
Selon l’ONF, pour la période 2026-2033, le volume de ressource en « beau bois » disponible (résineux et feuillus) est estimé à 30 000 m3/an pour les forêts publiques, à condition que toutes les coupes soient accessibles. Au cours des cinq dernières années, les coupes vendues par l’ONF pour le compte de la CdC n’ont jamais dépassé 15 000 m3. Pour l’année 2025, elles se situent largement en dessous de 10 000 m3 en raison de la relative mauvaise qualité des bois, de son prix et surtout de l’inexistence d’une véritable filière Bois-Energie susceptible de compenser les coûts de production liés au transport, au sciage et au façonnage des bois.

Dans ce contexte récessif et très incertain pour l’ensemble des acteurs de la filière, la note positive concerne le stock carbone des forêts corses estimé par l’IFN à 31 millions de tonnes pour l’année 2024. Grâce à ce potentiel de biomasse très important, la Corse confirme son aptitude à lutter en faveur de la préservation de la couche d’ozone.
En revanche, d’un point de vue socio-économique, les contre-performances s’accumulent. La filière forêt-bois s’est effondrée, s’est déstructurée au cours des trente dernières années. Les volumes de prélèvement de bois d’œuvre ont été divisés par trois.
Jusqu’au mitant des années 1990, on traitait en Corse entre 50 et 70 000 m3. On dénombrait une quinzaine d’exploitations forestières réparties sur l’ensemble du territoire qui sciaient bon an, mal an, entre 36 et 40 000 m3 de bois noble destiné à la menuiserie, à la charpente ou aux poutres. Aujourd’hui, moins de dix exploitations forestières interviennent sur la filière bois et seulement deux scieries situées toutes les deux en Corse-du-Sud sont opérationnelles sur des volumes inégaux mais qui globalement représentent largement moins de 10 000 m3 [6].

Les outils de transformation disparaissant les uns après les autres et c’est l’ensemble du modèle économique qui est remis en cause de façon durable. La production dite de bois d’œuvre est très largement sous-dimensionnée par rapport au gisement de valeur que représente le potentiel sylvicole insulaire et ce malgré que la filière dispose depuis 2021 d’une certification « Lignum Corsica  ».
Toutefois sa relance ne pourra s’envisager que si on recrée un environnement économique qui prenne véritablement en compte la dimension systémique du projet ; à savoir un accès régulier à la matière première, des coûts d’exploitation et de transport supportables, une valorisation équitable des différentes qualités de bois et une organisation de marché juste et cohérente. Une certification permet certes de reconnaître et de singulariser un produit, mais elle ne crée ni la ressource, ni les capacités à répondre aux demandes. 

Au sein de la filière forêt-bois les activités de bucheronnage destiné à la fourniture de bois de chauffage sont particulièrement stables depuis plusieurs années avec environ une soixantaine d’entreprises (type TPE pluriactive) qui coupent annuellement et principalement sur les forêts privées et/ou communales entre 22 et 25 000 m3 de feuillus (principalement chêne, châtaignier).
Les coupes rases sont fréquentes et mal encadrées. Elles contribuent à détruire les écosystèmes ambiants et la biodiversité qui s’y attache. Un véritable travail d’encadrement et de régulation doit être mis en œuvre en réunissant tous les partenaires concernés - CdC, communes, CRPF, PEFC Corsica, exploitants forestiers, agriculteurs. Toutefois ces activités « bois de chauffage » ont trouvé leur marché qui répond qualitativement et quantitativement aux besoins d’une population en quête d’économie d’énergie et de pouvoir d’achat.

La dernière source de production issue de la filière bois concerne le bois-énergie et sa capacité à valoriser économiquement les sous-produits de l’exploitation forestière et des industries du bois. Pour les socio-professionnels rencontrés au cours de cette étude, le bois-énergie c’est-à-dire « la sciure de bois » issue du façonnage, doit être impérativement valorisé à son juste prix car il permet de compléter avantageusement la valorisation de la ressource forestière.
Les déchets de bois (sciures, dosses, déligniures, écorces) peuvent représenter jusqu’à 40% du cubage travaillé par les scieries sans compter les bois de mauvaise qualité prélevés lors des coupes. Le manque à gagner est donc considérable pour les entreprises d’amont et d’aval.
Les professionnels de la forêt ont l’habitude de dire que la filière bois pour marcher sur ses deux jambes doit disposer d’une filière bois scié et d’une filière bois énergie. C’est cette dernière qui assure la rentabilité économique du modèle.

Pour compléter cette chaîne de valeur, la Collectivité de Corse a investi il y a plus de trente ans dans une société mixte, la SEM Corse Bois Energie afin de valoriser par la transformation en plaquettes, en granulés, les sous- produits du bois et alimenter des réseaux de chaleur (chaufferies d’Aiacciu, Corti, Bastia). Malgré plusieurs recapitalisations (la dernière est en cours de réalisation), cette société ne parvient toujours pas à trouver son équilibre.
Pour tenter d’y parvenir, elle achète donc aux scieurs, aux exploitants forestiers le bois énergie non broyé en-deçà des coûts minimum du marché (-40%). Dans le même temps et pour équilibrer ses coûts de fonctionnement elle a diversifié ses activités au risque de venir concurrencer les exploitants forestiers chargés de couper, débarder et transporter les grumes. En 2023, 57% de son approvisionnement provenait de sa propre exploitation [7].
Cette concurrence déloyale fait dire au Syndicat des Professionnels de la Forêt Corse (SPFC) « qu’un outil à capitaux majoritairement publics (CdC 51%) dont la mission affichée est de participer à la structuration de la filière et d’ouvrir un débouché au bois-énergie, doit proposer des conditions de rémunération transparentes et équitables à l’ensemble des professionnels corses ».
 

[1] Capi Corsu, Piaghja urientale, Castagniccia, sillon di Corti, Nebbiu, Balagna, Cintu-Rotondu, Renosu-Incudine, Paese Aiaccinu, Sartinese Occ, Sartinese Or.
[2] PEFC Corsica contribue à promouvoir une gestion forestière durable et à valoriser la ressource forestière insulaire.
[3] Châtaigniers, hêtres, chênes verts, chênes liège, chênes pubescents, aulnes.
[4] Les évaluations chiffrées sont des ordres de grandeur dans la mesure où il n’existe pas de bases de données communes et centralisées.
[5] Propos recueillis auprès d’un exploitant forestier-scieur membre du SPFC.
[6] Données 2025 et 2026 – CdC & ONF.
[7] Rapport N° 2024/E3/212 – Assemblée de Corse 07.2024.

Conclusion

Si l’on doit résumer en quelques lignes cette première partie, on peut dire que la filière forêt-bois dispose en Corse d’un potentiel de développement important. Avec un stock forestier compris entre 41 et 46 millions de m3 et une croissance annuelle proche d’un million de m3 par an, la ressource n’est pas le facteur limitant de sa croissance.
En revanche, le marché du bois est très largement sous-dimensionné. Il est aujourd’hui estimé globalement entre 40 et 50 millions d’euros et les importations représentent entre 50 et 65 % du chiffre d’affaires cumulé. La part de production locale représente globalement à peine 0.25 % de notre PIB alors qu’elle représente entre 1.7% et 1.9 % au plan national.

Au vu de ce premier état des lieux (loin d’être exhaustif) la filière forêt-bois corse doit impérativement rechercher les voies et moyens de son redressement. Pour ce faire, tous les acteurs concernés (État, CdC, Chambre des territoires, communes forestières et intercommunalités, socioprofessionnels, CRPF, ONF, coopérative, PEFC Corsica, Cullettivu per a furesta Corsa, entreprises du secteur, …) doivent prendre la véritable mesure des enjeux de cette filière économique de manière à disposer d’une vision la plus juste possible de ce que sont ses fondamentaux.
Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra lever les freins de son développement qu’ils soient institutionnels, de gouvernance, stratégiques, logistique, humains. Marie Curie disait « comprendre qui l’on est, ce qui nous arrive et pourquoi cela nous arrive est le meilleur moyen de résoudre nos problèmes qu’ils soient existentiels ou matériels ».

J’aborderai ces questions essentielles pour l’avenir de nos forêts mais également pour l’avenir de cette filière forêt-bois dans la deuxième partie de cet article avec l’ambition de proposer une clé de lecture qui sache prendre en compte la réalité prégnante de cette économie dans un cadre d’action renouvelé, adapté à nos environnements économiques, humains, naturels, écologiques et socio-politiques.

 
Samedi 31 Octobre 2026
Thierry Casanova