Des étudiants de la section audiovisuel de l’IUT de Corse ont réalisé cette année un film sur la communauté des personnes sourdes qui vivent en Corse : ces personnes qui, n’ayant pas accès à l’audition, ne peuvent pas bénéficier de l’apprentissage des langues, ont les plus grandes difficultés à communiquer avec leur congénères et sont, à tort, souvent qualifiées de muettes. Ce petit film étudiant est surprenant et courageux, et il permet aux intéressés de nous dire, dans la langue des signes, leur ressenti et leurs difficultés au sujet de cette question très méconnue.
Nous nous sommes habitués, de plus en plus, à voir sur nos écrans de télévision, en certaines occasions, des interprètes de la langue des signes traduire d’importants discours au bénéfice des sourds. Cette innovation nous paraît tout à fait normale et louable.
Le monde moderne nous conduit souvent à nous interroger sur le bien-fondé ou non d’évolutions qui, pour beaucoup d’individus, paraissent heurter des convictions ou des habitudes de penser multiséculaires. Concernant les sourds et plus généralement tous les citoyens qui souffrent de ce que nous appelons des « handicaps », ce monde moderne est incontestablement un monde propice à des formes de progrès, c’est-à-dire un monde qui tendrait à devenir meilleur.
Nous nous sommes habitués, de plus en plus, à voir sur nos écrans de télévision, en certaines occasions, des interprètes de la langue des signes traduire d’importants discours au bénéfice des sourds. Cette innovation nous paraît tout à fait normale et louable.
Le monde moderne nous conduit souvent à nous interroger sur le bien-fondé ou non d’évolutions qui, pour beaucoup d’individus, paraissent heurter des convictions ou des habitudes de penser multiséculaires. Concernant les sourds et plus généralement tous les citoyens qui souffrent de ce que nous appelons des « handicaps », ce monde moderne est incontestablement un monde propice à des formes de progrès, c’est-à-dire un monde qui tendrait à devenir meilleur.
Une bataille linguistique
Il faut savoir que si les sourds sont privés de la pratique des langues communément parlées par leurs congénères, ils sont pourtant au cœur d’une autre bataille linguistique dont ils se seraient bien passés. La langue des signes, en effet, a fait l’objet d’interminables débats entre le XIXe et le XXe siècles. Des débats qui se sont nourris, parfois, de l’interprétation de textes religieux ou de la conformité avec certains principes politiques. Ces controverses ont ainsi croisé les débats qui ont concerné en France les langues dites régionales, minoritaires ou vernaculaires.
Il est intéressant de comprendre en quoi le combat des sourds rejoint celui des autres défenseurs de langues menacées, et en quoi les spécificités de leur combat permettent de caractériser la question des langues.
Il existe pour les personnes frappées de surdité deux méthodes permettant d’accéder à la communication, à la connaissance et à la vie sociale : la méthode dite « orale » (qui consiste à lire sur les lèvres et à rechercher l’apprentissage de sons) et la langue des signes. Pour vous et moi, au XXI° siècle, il s’agit a priori de deux techniques, éventuellement complémentaires, dont il faudrait simplement évaluer l’efficacité et la commodité. Or, au fil du temps, deux camps antagonistes se sont constitués en faveur de l’une ou de l’autre méthode.
Il est intéressant de comprendre en quoi le combat des sourds rejoint celui des autres défenseurs de langues menacées, et en quoi les spécificités de leur combat permettent de caractériser la question des langues.
Il existe pour les personnes frappées de surdité deux méthodes permettant d’accéder à la communication, à la connaissance et à la vie sociale : la méthode dite « orale » (qui consiste à lire sur les lèvres et à rechercher l’apprentissage de sons) et la langue des signes. Pour vous et moi, au XXI° siècle, il s’agit a priori de deux techniques, éventuellement complémentaires, dont il faudrait simplement évaluer l’efficacité et la commodité. Or, au fil du temps, deux camps antagonistes se sont constitués en faveur de l’une ou de l’autre méthode.
L’incroyable controverse : langue orale ou langue des signes ?
Florence Encrevé est une chercheuse, interprète en langue des signes, docteure en histoire, maîtresse de conférence à l’Université Paris VIII, et spécialiste de l’histoire des sourds. Elle a écrit de nombreux articles qui permettent de découvrir l’existence très méconnue d’un débat linguistique acerbe entre les tenants des différentes méthodes d’accès à la communication pour les sourds. Elle décrit notamment ce qui s’est passé lors d’un congrès fondateur de ce débat en 1880 à Milan, le « Congrès international sur l’amélioration du sort des sourds-muets [1] ».
À l’issue de ce congrès, la doctrine officielle en France a consisté à affirmer que « la méthode dite d’articulation, comportant la lecture de la parole sur les lèvres, qui a pour but de rendre le sourd-muet à la société, doit être résolument préférée à toutes les autres ». Préférée au point de chercher souvent à éliminer si possible le recours à la langue des signes, qui a été combattue, voire explicitement interdite à partir de ce moment-là dans l’enseignement en France. Une interdiction qui a perduré très longtemps puisqu’il aura fallu attendre plus d’un siècle pour abolir la stigmatisation de la langue des signes, et accorder aux parents et aux enfants le droit de faire le choix du « bilinguisme ».
Cette controverse pourrait s’expliquer s’il s’agissait simplement de débattre de l’efficacité de l’une ou l’autre méthode. Mais ce n’est pas la question de l’efficacité qui a prévalu. Le débat en réalité découlait en grande partie de considérations philosophiques, religieuses ou politiques, et il rejoignait de ce fait le débat sur la préservation des langues régionales, minoritaires ou vernaculaires.
À l’issue de ce congrès, la doctrine officielle en France a consisté à affirmer que « la méthode dite d’articulation, comportant la lecture de la parole sur les lèvres, qui a pour but de rendre le sourd-muet à la société, doit être résolument préférée à toutes les autres ». Préférée au point de chercher souvent à éliminer si possible le recours à la langue des signes, qui a été combattue, voire explicitement interdite à partir de ce moment-là dans l’enseignement en France. Une interdiction qui a perduré très longtemps puisqu’il aura fallu attendre plus d’un siècle pour abolir la stigmatisation de la langue des signes, et accorder aux parents et aux enfants le droit de faire le choix du « bilinguisme ».
Cette controverse pourrait s’expliquer s’il s’agissait simplement de débattre de l’efficacité de l’une ou l’autre méthode. Mais ce n’est pas la question de l’efficacité qui a prévalu. Le débat en réalité découlait en grande partie de considérations philosophiques, religieuses ou politiques, et il rejoignait de ce fait le débat sur la préservation des langues régionales, minoritaires ou vernaculaires.
[1] Les participants à ce congrès en 1880 utilisaient le terme de « sourds-muets » que les intéressés aujourd’hui contestent puisque si ils sont privés de l’audition, ils ne sont pas privés de la capacité d’exprimer des sons, ils ne sont pas muets. Simplement, ils ne peuvent pas apprendre et reproduire ce qu’ils n’entendent pas.
En quoi pouvait-il y avoir débat ?
Florence Encrevé raconte en 2008, dans un article paru dans la revue Le Mouvement Social, que le choix de Milan en 1880 pour la tenue du premier congrès de spécialistes ne devait rien au hasard. Ce congrès s’est tenu, dit-elle, sous la haute autorité d’Umberto Primo, roi d’Italie. L’Italie était alors préoccupée avant tout par la question de son unité, « or l’unité d’une nation nécessite la plupart du temps une unité linguistique ».
Les participants italiens comme les participants français au congrès de Milan étaient soucieux de cette question de l’unité linguistique dans leurs pays respectifs. Mais en quoi, direz-vous, la question de l’accès à la communication pour des gens qui ne disposent pas de la pratique naturelle des langues, peut il conduire à un différend d’ordre linguistique ?
La méthode orale consiste à lire sur les lèvres de son interlocuteur la langue qu’il parle, le français pour les français, l’italien pour les italiens… Le lien avec la langue nationale est donc évident et le pratiquant ce faisant s’imprègnerait du sentiment national et s’intègrerait mieux dans la société où il vit.
La langue des signes, par contre, dans l’idée des participants au congrès serait une forme d’expression qui n’aurait rien à voir avec une langue. La méthode orale conduirait les intéressés à utiliser la langue nationale pour accéder à la société alors que le langage des signes s’assimilerait au mieux à une langue étrangère et au pire à une forme d’expression qui n’aurait rien à voir avec une langue. Il faudrait donc donner la préférence à la méthode orale qui aiderait les pratiquants à se rapprocher, je cite, d’une « attitude humaine » et de la culture de leur pays.
Les participants italiens comme les participants français au congrès de Milan étaient soucieux de cette question de l’unité linguistique dans leurs pays respectifs. Mais en quoi, direz-vous, la question de l’accès à la communication pour des gens qui ne disposent pas de la pratique naturelle des langues, peut il conduire à un différend d’ordre linguistique ?
La méthode orale consiste à lire sur les lèvres de son interlocuteur la langue qu’il parle, le français pour les français, l’italien pour les italiens… Le lien avec la langue nationale est donc évident et le pratiquant ce faisant s’imprègnerait du sentiment national et s’intègrerait mieux dans la société où il vit.
La langue des signes, par contre, dans l’idée des participants au congrès serait une forme d’expression qui n’aurait rien à voir avec une langue. La méthode orale conduirait les intéressés à utiliser la langue nationale pour accéder à la société alors que le langage des signes s’assimilerait au mieux à une langue étrangère et au pire à une forme d’expression qui n’aurait rien à voir avec une langue. Il faudrait donc donner la préférence à la méthode orale qui aiderait les pratiquants à se rapprocher, je cite, d’une « attitude humaine » et de la culture de leur pays.
La Parole de Dieu, la langue française et le rejet du communautarisme
Deux séries d’arguments de caractères culturels ont alors été mis en avant. Le premier est d’ordre religieux : « Il porte sur la nature divine de la parole, dont sont exclus, de fait, les signes. Ainsi débute l’évangile de Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu ».
À Milan, dit Florence Encrevé, l’argument de la nature divine de la parole avait tenu une place conséquente en raison de la forte présence d’éducateurs en provenance d’écoles religieuses. Les sourds qui n’ont pas accès à la connaissance des sons et donc à leur reproduction seraient en grande partie hors de l’humanité et privés de l’accès à Dieu. Il faudrait à tout prix les conduire à trouver un accès à la langue, à la parole, et donc peut-être à Dieu ce que la langue des signes ne permettrait pas.
L’autre argument de nature culturelle est plus politique. En 1870, alors que l’Italie veut consolider son unité, la France a perdu la guerre contre les Prussiens et a dû céder l’Alsace et une partie de la Lorraine. Une volonté de reprise en main autour des fondamentaux de la Nation se manifeste alors du côté des pouvoirs publics :
« Avoir accès au français écrit permet à tous d’accéder aux textes politiques fondateurs rédigés par les philosophes du XVIIIe siècle ; de ce fait, le français est la seule langue capable de rendre libre, c’est la "langue de la liberté". Les langues régionales ou minoritaires sont alors officiellement interdites dans les écoles. La remise en cause de la langue des signes en tant que langue autre que le français semble s’inscrire dans ce mouvement ».
Enfin, privilégier la méthode orale et rejeter la langue des signes dans l’éducation des sourds manifesterait clairement « la volonté d’intégrer les sourds à la société en tant que personnes différentes, et non en tant que groupe revendiquant sa spécificité ». En d’autres termes, une personne victime de ce handicap a parfaitement le droit d’exister dans la société mais elle ne doit en aucun cas risquer de former avec ses semblables un groupe de pression ou une « communauté ». Le rejet de ce qu’on qualifie de « communautarisme » serait donc l’une des causes notables de ce débat.
C’est sur la base de ce climat et de ces affirmations que les spécialistes réunis à Milan en 1880 décidaient qu’il fallait privilégier désormais la méthode orale au détriment de la langue des signes.
À Milan, dit Florence Encrevé, l’argument de la nature divine de la parole avait tenu une place conséquente en raison de la forte présence d’éducateurs en provenance d’écoles religieuses. Les sourds qui n’ont pas accès à la connaissance des sons et donc à leur reproduction seraient en grande partie hors de l’humanité et privés de l’accès à Dieu. Il faudrait à tout prix les conduire à trouver un accès à la langue, à la parole, et donc peut-être à Dieu ce que la langue des signes ne permettrait pas.
L’autre argument de nature culturelle est plus politique. En 1870, alors que l’Italie veut consolider son unité, la France a perdu la guerre contre les Prussiens et a dû céder l’Alsace et une partie de la Lorraine. Une volonté de reprise en main autour des fondamentaux de la Nation se manifeste alors du côté des pouvoirs publics :
« Avoir accès au français écrit permet à tous d’accéder aux textes politiques fondateurs rédigés par les philosophes du XVIIIe siècle ; de ce fait, le français est la seule langue capable de rendre libre, c’est la "langue de la liberté". Les langues régionales ou minoritaires sont alors officiellement interdites dans les écoles. La remise en cause de la langue des signes en tant que langue autre que le français semble s’inscrire dans ce mouvement ».
Enfin, privilégier la méthode orale et rejeter la langue des signes dans l’éducation des sourds manifesterait clairement « la volonté d’intégrer les sourds à la société en tant que personnes différentes, et non en tant que groupe revendiquant sa spécificité ». En d’autres termes, une personne victime de ce handicap a parfaitement le droit d’exister dans la société mais elle ne doit en aucun cas risquer de former avec ses semblables un groupe de pression ou une « communauté ». Le rejet de ce qu’on qualifie de « communautarisme » serait donc l’une des causes notables de ce débat.
C’est sur la base de ce climat et de ces affirmations que les spécialistes réunis à Milan en 1880 décidaient qu’il fallait privilégier désormais la méthode orale au détriment de la langue des signes.
Plus d’un siècle pour faire accepter la langue des signes
Trente ans plus tard, durant la première décennie du vingtième siècle, les constats d’échec ont commencé à tomber. Dans l’intérêt des personnes atteintes de surdité, la méthode orale a son utilité, certes, mais elle ne suffit absolument pas. De nombreux praticiens commencent à s’apercevoir du fait qu’en dehors des enseignements, les personnes concernées ont le plus souvent recours à la langue des signes. Certains ont remarqué cette pratique, dans les écoles, lors des récréations. Les élèves atteints de surdité se comportent alors comme les petits bretons ou corses qui, lorsqu’ils sont entre eux, retrouvent le réflexe de parler la langue la plus naturelle pour eux.
Les tenants de la thèse officielle, malgré cela, ne renoncent pas aussi vite à leurs convictions. Il faudra, en France, attendre l’année 1991 pour qu’une loi, initiée par le ministre Laurent Fabius, revienne sur l’obligation d’offrir aux enfants sourds dans l’éducation nationale un enseignement exclusivement « oraliste ». Les parents et les enfants auront désormais le droit de choisir, soit un enseignement exclusivement « oraliste », soit un enseignement bilingue incluant la langue des signes. Il s’agit donc d’un début de reconnaissance officielle de la langue des signes. Mais il ne s’agit pas encore d’une reconnaissance du fait que la langue des signes serait effectivement une langue. Ce n’est qu’en 2005 que la langue des signes a été reconnue officiellement comme une langue.
L’attitude des tenants de cette officialité concernant la pratique des langues découle le plus souvent d’une conception essentiellement verticale de la société et d’une philosophie qui est aussi la conséquence, ou à l’origine, de réflexes de domination. Concernant la mise à l’écart des langues régionales, minoritaires ou vernaculaires, il nous apparait que la volonté de domination de peuples sur d’autres peuples pour des raisons politiques et territoriales est plausible. Mais le débat autour de la langue des signes apporte un éclairage supplémentaire plus complexe au sujet de ce phénomène.
Les sourds ne revendiquent pas un territoire ou un pouvoir particulier. Ils revendiquent simplement le droit et la possibilité de communiquer en société, quelle que soit cette société. Le raidissement de la société autour de leur cas découle de réflexes qui nous paraissent aller beaucoup plus loin que la volonté de domination territoriale. Ces réflexes révèlent une volonté d’imposer un moule philosophique, la conception d’une société hiérarchisée au profit de certains, et au risque de nier à d’autres la possible accession à des formes d’égalité.
Les tenants de la thèse officielle, malgré cela, ne renoncent pas aussi vite à leurs convictions. Il faudra, en France, attendre l’année 1991 pour qu’une loi, initiée par le ministre Laurent Fabius, revienne sur l’obligation d’offrir aux enfants sourds dans l’éducation nationale un enseignement exclusivement « oraliste ». Les parents et les enfants auront désormais le droit de choisir, soit un enseignement exclusivement « oraliste », soit un enseignement bilingue incluant la langue des signes. Il s’agit donc d’un début de reconnaissance officielle de la langue des signes. Mais il ne s’agit pas encore d’une reconnaissance du fait que la langue des signes serait effectivement une langue. Ce n’est qu’en 2005 que la langue des signes a été reconnue officiellement comme une langue.
L’attitude des tenants de cette officialité concernant la pratique des langues découle le plus souvent d’une conception essentiellement verticale de la société et d’une philosophie qui est aussi la conséquence, ou à l’origine, de réflexes de domination. Concernant la mise à l’écart des langues régionales, minoritaires ou vernaculaires, il nous apparait que la volonté de domination de peuples sur d’autres peuples pour des raisons politiques et territoriales est plausible. Mais le débat autour de la langue des signes apporte un éclairage supplémentaire plus complexe au sujet de ce phénomène.
Les sourds ne revendiquent pas un territoire ou un pouvoir particulier. Ils revendiquent simplement le droit et la possibilité de communiquer en société, quelle que soit cette société. Le raidissement de la société autour de leur cas découle de réflexes qui nous paraissent aller beaucoup plus loin que la volonté de domination territoriale. Ces réflexes révèlent une volonté d’imposer un moule philosophique, la conception d’une société hiérarchisée au profit de certains, et au risque de nier à d’autres la possible accession à des formes d’égalité.
Les restes d’une conception de la parole divine
L’expression : « par le moyen de signes et de mimiques », est une manière de dire, à la fin du XIXe siècle, que la langue des signes est insuffisamment conforme à ce que la Bible appelle « la Parole » (qui fait référence à la Parole divine). Cette Parole dans la conception classique ou traditionnelle est hiérarchisée. La parole Divine est une parole sublimée, quasiment désincarnée, et dont seules les langues dominantes, c’est-à-dire les langues de Rois, peuvent donner une idée. Langues des rois qui sont aussi vues, parfois, comme les langues des « races supérieures ».
Puis viennent les patois et les parlers populaires supposément incapables de se hisser au niveau de la langue divine ou des langues supérieures. Puis en dessous encore viennent le langage des « sauvages » et les expressions animales. Tous ces étages de l’expression définissent une hiérarchie des êtres humains entre eux, puis des êtres humains avec le monde animal.
Dans la conception des vieux maitres, chaque individu appartenant à un étage de la création doit essayer de s’élever à tout prix en adoptant ou imitant l’expression des individus de l’étage supérieur. Les rois essayent de parler comme Dieu, les nobles et les bourgeois essayent de parler comme les rois, le peuple essaye de parler comme les nobles et comme les bourgeois, et les plus handicapés des humains doivent essayer de parler comme le peuple.
Dans leur conception, le langage des signes n’est pas une Parole mais une mimique et la mimique est un langage animalier. Quant aux langues minoritaires, vernaculaires ou régionales, ce sont le plus souvent des patois populaires incapables de s’élever au niveau des langues supérieures.
À partir du XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle avec l’épanouissement de la pensée scientifique dans l’observation et l’analyse, la hiérarchisation des classes sociales a parfois été remise en cause. La négation de la culture dans les formes dites primitives de socialisation, le mépris adressé aux soit disant « peuples sauvages », la supériorité supposée de la pensée dite occidentales, ont été contestés. Tout ce qui conduit à la dévalorisation de groupes humains au profit d’autres groupes humains a été fragilisé. Mais ces évolutions sont lentes et les effets de ces manières archaïques de concevoir les rapports humains continuent malheureusement de polluer le fonctionnement des sociétés.
Le combat des sourds est un combat juste et exemplaire. C’est un combat qui permet de remettre les choses à leur place. Tous les êtres humains, dès lors qu’on leur en donne les moyens, ont la possibilité de développer une pensée. Et toutes les langues, dès lors qu’on ne les dévalorise pas, ont la possibilité d’être les outils de ce développement de la pensée.
Puis viennent les patois et les parlers populaires supposément incapables de se hisser au niveau de la langue divine ou des langues supérieures. Puis en dessous encore viennent le langage des « sauvages » et les expressions animales. Tous ces étages de l’expression définissent une hiérarchie des êtres humains entre eux, puis des êtres humains avec le monde animal.
Dans la conception des vieux maitres, chaque individu appartenant à un étage de la création doit essayer de s’élever à tout prix en adoptant ou imitant l’expression des individus de l’étage supérieur. Les rois essayent de parler comme Dieu, les nobles et les bourgeois essayent de parler comme les rois, le peuple essaye de parler comme les nobles et comme les bourgeois, et les plus handicapés des humains doivent essayer de parler comme le peuple.
Dans leur conception, le langage des signes n’est pas une Parole mais une mimique et la mimique est un langage animalier. Quant aux langues minoritaires, vernaculaires ou régionales, ce sont le plus souvent des patois populaires incapables de s’élever au niveau des langues supérieures.
À partir du XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle avec l’épanouissement de la pensée scientifique dans l’observation et l’analyse, la hiérarchisation des classes sociales a parfois été remise en cause. La négation de la culture dans les formes dites primitives de socialisation, le mépris adressé aux soit disant « peuples sauvages », la supériorité supposée de la pensée dite occidentales, ont été contestés. Tout ce qui conduit à la dévalorisation de groupes humains au profit d’autres groupes humains a été fragilisé. Mais ces évolutions sont lentes et les effets de ces manières archaïques de concevoir les rapports humains continuent malheureusement de polluer le fonctionnement des sociétés.
Le combat des sourds est un combat juste et exemplaire. C’est un combat qui permet de remettre les choses à leur place. Tous les êtres humains, dès lors qu’on leur en donne les moyens, ont la possibilité de développer une pensée. Et toutes les langues, dès lors qu’on ne les dévalorise pas, ont la possibilité d’être les outils de ce développement de la pensée.
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