Frances Ruiz, Collection Frac Corsica
L’évocation à la fin de l’année 2025 du procès des malversations liées aux maisons de jeux à Paris a conduit Tonì Casalonga à me demander si on savait pourquoi les Corses manifesteraient un goût particulier pour les jeux de hasard et d’argent. J’ai donc cherché et ne suis pas sûr d’avoir trouvé.
En France, les activités liées aux jeux de hasard ne sont plus un monopole de l’État depuis 2010, mais restent globalement sous surveillance et contrôle étroit. C’est dans le cadre de cette surveillance et de ce contrôle qu’ont été créés, à partir des années 2010 un « collège consultatif des jeux », puis un « observatoire des jeux ». L’observatoire est composé de huit personnalités désignées pour cinq ans et chargées d’éclairer les décideurs publics à travers des études documentées.
Parmi ces études, l’observatoire a demandé à des chercheurs de dresser le portrait de la France qui joue. Une étude, signée de Jean-Michel Coste et Vincent Eroukmanoff, a effectivement été remise aux membres de l’observatoire en 2016 : « Il existe une certaine disparité essentiellement due à quelques départements caractérisés par une pratique plus intensive des jeux d’argent : départements urbanisés, grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille), départements du sud et la Corse » peut-on lire dans cette étude.
La Corse est donc bien mentionnée parmi les départements concernés par une pratique plus intensive des jeux d’argent. Cela pourrait apparaitre comme une sorte de contre-exemple quand le goût pour les jeux de hasard et d’argent seraient d’abord le fait des départements urbanisés et des grandes métropoles. Le lien avec la Corse serait-il à chercher dans son positionnement au sud, dans l’insularité ou dans une vocation touristique ? Toujours est-il que « les habitants de l’île misent deux fois plus que la moyenne nationale » constatait le journal Le Monde, relayant cette étude en 2016.
La moyenne nationale de la dépense des citoyens en direction des jeux de hasard serait de 444 à 543 euros par habitant et par an. Quinze départements seraient au-dessus de cette moyenne nationale. La Corse avec 963 euros par habitant et par an est, dans le cadre de cette étude, placée largement en tête du classement, suivie de La Réunion, de Paris, du Val-de-Marne, de la Seine-Saint-Denis, des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes… L’engouement des Corses pour les paris sportifs est paraît-il particulièrement spectaculaire. L’étude cite notamment les paris autour des matchs du SC Bastia et de l’AC Ajaccio.
Il est donc légitime de s’interroger sur l’origine et la réalité de ce goût exacerbé des Corses pour les jeux d’argent et de hasard.
En France, les activités liées aux jeux de hasard ne sont plus un monopole de l’État depuis 2010, mais restent globalement sous surveillance et contrôle étroit. C’est dans le cadre de cette surveillance et de ce contrôle qu’ont été créés, à partir des années 2010 un « collège consultatif des jeux », puis un « observatoire des jeux ». L’observatoire est composé de huit personnalités désignées pour cinq ans et chargées d’éclairer les décideurs publics à travers des études documentées.
Parmi ces études, l’observatoire a demandé à des chercheurs de dresser le portrait de la France qui joue. Une étude, signée de Jean-Michel Coste et Vincent Eroukmanoff, a effectivement été remise aux membres de l’observatoire en 2016 : « Il existe une certaine disparité essentiellement due à quelques départements caractérisés par une pratique plus intensive des jeux d’argent : départements urbanisés, grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille), départements du sud et la Corse » peut-on lire dans cette étude.
La Corse est donc bien mentionnée parmi les départements concernés par une pratique plus intensive des jeux d’argent. Cela pourrait apparaitre comme une sorte de contre-exemple quand le goût pour les jeux de hasard et d’argent seraient d’abord le fait des départements urbanisés et des grandes métropoles. Le lien avec la Corse serait-il à chercher dans son positionnement au sud, dans l’insularité ou dans une vocation touristique ? Toujours est-il que « les habitants de l’île misent deux fois plus que la moyenne nationale » constatait le journal Le Monde, relayant cette étude en 2016.
La moyenne nationale de la dépense des citoyens en direction des jeux de hasard serait de 444 à 543 euros par habitant et par an. Quinze départements seraient au-dessus de cette moyenne nationale. La Corse avec 963 euros par habitant et par an est, dans le cadre de cette étude, placée largement en tête du classement, suivie de La Réunion, de Paris, du Val-de-Marne, de la Seine-Saint-Denis, des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes… L’engouement des Corses pour les paris sportifs est paraît-il particulièrement spectaculaire. L’étude cite notamment les paris autour des matchs du SC Bastia et de l’AC Ajaccio.
Il est donc légitime de s’interroger sur l’origine et la réalité de ce goût exacerbé des Corses pour les jeux d’argent et de hasard.
Les jeux en Corse
À ma connaissance, aucune étude exhaustive ne permet de se faire une idée précise de la manière dont ce goût pour les jeux se serait manifesté en Corse avant que cette étude n’en pointe l’existence. L’une des seules références très explicite à cette question viendrait d’un certain Maximilien Bigot qui affirmait en 1887 que « les Corses sont des joueurs de cartes invétérés et aiment les jeux d’argent »… Il précisait que pendant les parties de cartes, « chaque joueur garde une arme à portée de main, pistolet ou poignard, bien en vue afin d’inciter chacun à respecter scrupuleusement les règles du jeu ».
Le témoignage de ce Maximilien Bigot a été publié dans une étude intitulée « Paysans corses en communauté – Porchers-bergers des montagnes de Bastelica » publiée en 1971 à Bastia par les Edizione di U Muntese. Le titre de l’ouvrage comporte le sous-titre suivant : « d’après des renseignements recueillis sur les lieux en 1869 par feu M. Maximilien Bigot, licencié en droit, juge de paix à Bastelica puis à Hazebrouck ». La mention du fait que Maximilien Bigot aurait été juge de paix à Bastelica donne à son témoignage une valeur supplémentaire ou une éventuelle crédibilité. Cela dit, le goût qu’il aurait constaté chez certains habitants de Corse pour les jeux de cartes n’est pas pour nous étonner. Ce goût était et reste sans doute très courant dans notre île. Mais ce témoignage isolé est malheureusement un peu court.
Pour prolonger ce témoignage, chacun d’entre nous a sans doute dans la mémoire des anecdotes personnelles liées à cette question.
Le témoignage de ce Maximilien Bigot a été publié dans une étude intitulée « Paysans corses en communauté – Porchers-bergers des montagnes de Bastelica » publiée en 1971 à Bastia par les Edizione di U Muntese. Le titre de l’ouvrage comporte le sous-titre suivant : « d’après des renseignements recueillis sur les lieux en 1869 par feu M. Maximilien Bigot, licencié en droit, juge de paix à Bastelica puis à Hazebrouck ». La mention du fait que Maximilien Bigot aurait été juge de paix à Bastelica donne à son témoignage une valeur supplémentaire ou une éventuelle crédibilité. Cela dit, le goût qu’il aurait constaté chez certains habitants de Corse pour les jeux de cartes n’est pas pour nous étonner. Ce goût était et reste sans doute très courant dans notre île. Mais ce témoignage isolé est malheureusement un peu court.
Pour prolonger ce témoignage, chacun d’entre nous a sans doute dans la mémoire des anecdotes personnelles liées à cette question.
Les signes diffus d’un goût particulier pour le jeu
Pour ma part, mon premier souvenir tient à une interdiction imposée par ma grand-mère paternelle. Elle ne voulait pas voir un jeu de cartes dans sa maison. Son frère, que nous n’avons jamais connu, jouait au poker. Et il avait terminé sa vie en prison en raison de dettes de jeux. C’est du moins ce qu’on nous a dit.
Je me souviens ensuite de la foire de l’Île-Rousse. Elle se tenait dans les années 1960 entre le 6 et le 8 septembre sur la place Paoli. Il y avait en ce temps-là une grande tente blanche dressée parmi les autres stands classiques d’une foire populaire. Nous autres les enfants n’avions pas le droit de pénétrer dans cette tente et c’est sans doute la raison pour laquelle je m’en souviens encore.
On ne daignait même pas nous dire pourquoi nous n’avions pas le droit d’y pénétrer. Mais nous sûmes assez vite qu’on y jouait à « la roulette » ou à « la boule »... Nous ne savions pas ce qu’étaient « la roulette ou la boule ». La rumeur colportait l’information du fait que « les bergers perdaient parfois des sommes considérables en y jouant ». Les bergers, avec l’été finissant, redescendaient des estives. Ils avaient vendu quelques bêtes et leur production de fromages. Ils disposaient donc de liquidités et je m’inquiétais en mon for intérieur pour ces gens qui risquaient de perdre ainsi le fruit d’une saison de travail.
La « rumeur » s’accompagne toujours de son lot d’exagérations et de légendes mais les tripots existaient bien au vu et au su de tout le monde. Le goût de jouer était donc une réalité. Des amis, toutefois, que j’ai interrogé m’ont dit que de tels tripots existaient également dans les foires sur le continent. Leur existence dans les foires insulaires ne serait donc pas la preuve d’un goût plus prononcé qu’ailleurs pour les jeux. Cela reste à confirmer.
Plus tard, les bergers ont plus ou moins cessé de rythmer la vie des cités insulaires. Ce qui rythmait la vie désormais c’étaient les touristes. La foire a été repoussée au début du mois d’octobre pour offrir sans doute un nouveau souffle aux commerçants après le départ du gros des touristes. El les tentes dans lesquelles les enfants n’avaient pas le droit d’entrer ont disparu.
Il y eut aussi à l’Île-Rousse, pendant très longtemps, un casino. Son existence me paraissait liée à la proximité de l’hôtel Napoléon et donc, dès ces années, à la présence de touristes. Mais paradoxalement, alors que le tourisme se développait, le casino de l’Île-Rousse a disparu dans les années 1970. Il ne reste donc en Corse, officiellement qu’un casino, à Ajaccio.
À la fin de la Seconde guerre mondiale, ce n’est pas en Corse mais à Paris que des insulaires sont censés avoir pris en mains la gestion de maisons de jeux. C’est ce que raconte la chronique. La rumeur prétend que les Corses se seraient emparés de toutes ces maisons de jeux.
Cette rumeur ne vient pas de Corse mais plutôt de la presse parisienne. Et cela prouve que la rumeur n’est pas moins menteuse lorsqu’elle vient de la capitale plutôt que de l’île.
Des Corses ont effectivement été sollicités pour diriger certains cercles de jeux mais dire que tous les cercles étaient dirigés par des Corses est évidemment faux. Les familles Barrière, Partouche, Tranchant… n’avaient rien à voir avec la Corse et ces familles restent comme celles des plus grands entrepreneurs français en matière de jeux.
Il est cependant exact que le milieu corse, héritier du milieu de l’entre-deux-guerres, existait réellement et occupait une place non négligeable dans le monde des jeux. C’est l’époque où les casinos se sont multipliés à travers la France et où les cercles de jeux à Paris existaient sous licence du ministère de l’Intérieur et sous le statut d’associations loi 1901 à but non lucratif. À côté des opérateurs continentaux, quelques Corses ont donc « réussi » dans ce secteur : les Francisci, Fratoni, Andreani… puis au-delà de la France, en Afrique, Michel Tomi.
Il faudrait des dizaines de témoignages pour forger un début de théorie sur la prégnance des jeux en Corse. Mais il existe d’autres études qui sont intéressantes à évoquer pour tenter de situer notre île en fonction des caractéristiques de sa population et de son économie.
Je me souviens ensuite de la foire de l’Île-Rousse. Elle se tenait dans les années 1960 entre le 6 et le 8 septembre sur la place Paoli. Il y avait en ce temps-là une grande tente blanche dressée parmi les autres stands classiques d’une foire populaire. Nous autres les enfants n’avions pas le droit de pénétrer dans cette tente et c’est sans doute la raison pour laquelle je m’en souviens encore.
On ne daignait même pas nous dire pourquoi nous n’avions pas le droit d’y pénétrer. Mais nous sûmes assez vite qu’on y jouait à « la roulette » ou à « la boule »... Nous ne savions pas ce qu’étaient « la roulette ou la boule ». La rumeur colportait l’information du fait que « les bergers perdaient parfois des sommes considérables en y jouant ». Les bergers, avec l’été finissant, redescendaient des estives. Ils avaient vendu quelques bêtes et leur production de fromages. Ils disposaient donc de liquidités et je m’inquiétais en mon for intérieur pour ces gens qui risquaient de perdre ainsi le fruit d’une saison de travail.
La « rumeur » s’accompagne toujours de son lot d’exagérations et de légendes mais les tripots existaient bien au vu et au su de tout le monde. Le goût de jouer était donc une réalité. Des amis, toutefois, que j’ai interrogé m’ont dit que de tels tripots existaient également dans les foires sur le continent. Leur existence dans les foires insulaires ne serait donc pas la preuve d’un goût plus prononcé qu’ailleurs pour les jeux. Cela reste à confirmer.
Plus tard, les bergers ont plus ou moins cessé de rythmer la vie des cités insulaires. Ce qui rythmait la vie désormais c’étaient les touristes. La foire a été repoussée au début du mois d’octobre pour offrir sans doute un nouveau souffle aux commerçants après le départ du gros des touristes. El les tentes dans lesquelles les enfants n’avaient pas le droit d’entrer ont disparu.
Il y eut aussi à l’Île-Rousse, pendant très longtemps, un casino. Son existence me paraissait liée à la proximité de l’hôtel Napoléon et donc, dès ces années, à la présence de touristes. Mais paradoxalement, alors que le tourisme se développait, le casino de l’Île-Rousse a disparu dans les années 1970. Il ne reste donc en Corse, officiellement qu’un casino, à Ajaccio.
À la fin de la Seconde guerre mondiale, ce n’est pas en Corse mais à Paris que des insulaires sont censés avoir pris en mains la gestion de maisons de jeux. C’est ce que raconte la chronique. La rumeur prétend que les Corses se seraient emparés de toutes ces maisons de jeux.
Cette rumeur ne vient pas de Corse mais plutôt de la presse parisienne. Et cela prouve que la rumeur n’est pas moins menteuse lorsqu’elle vient de la capitale plutôt que de l’île.
Des Corses ont effectivement été sollicités pour diriger certains cercles de jeux mais dire que tous les cercles étaient dirigés par des Corses est évidemment faux. Les familles Barrière, Partouche, Tranchant… n’avaient rien à voir avec la Corse et ces familles restent comme celles des plus grands entrepreneurs français en matière de jeux.
Il est cependant exact que le milieu corse, héritier du milieu de l’entre-deux-guerres, existait réellement et occupait une place non négligeable dans le monde des jeux. C’est l’époque où les casinos se sont multipliés à travers la France et où les cercles de jeux à Paris existaient sous licence du ministère de l’Intérieur et sous le statut d’associations loi 1901 à but non lucratif. À côté des opérateurs continentaux, quelques Corses ont donc « réussi » dans ce secteur : les Francisci, Fratoni, Andreani… puis au-delà de la France, en Afrique, Michel Tomi.
Il faudrait des dizaines de témoignages pour forger un début de théorie sur la prégnance des jeux en Corse. Mais il existe d’autres études qui sont intéressantes à évoquer pour tenter de situer notre île en fonction des caractéristiques de sa population et de son économie.
Des hommes, retraités, inactifs ou employés, dans des cultures fondées sur la parenté ?
Un autre observatoire, l’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), tente de déterminer le profil des individus amateurs des jeux de hasard. Ces études ne concernent évidemment pas les Corses spécifiquement. Mais les caractéristiques de ces populations de « joueurs » offrent des pistes.
Les études montrent que les joueurs les plus impliqués sont nettement plus souvent des hommes (environ deux fois plus d’hommes que de femmes) âgés de la cinquantaine et moins diplômés que la moyenne de la population. Une autre étude fondée sur des travaux de sociologues et sur les résultats de sondages d’opinion, réalisée à la fin des années 1990, montre que les joueurs se recrutent plus souvent chez les retraités, les inactifs et les employés. Ces catégories sont effectivement particulièrement représentées de nos jours dans la population insulaire.
En décembre 2024, l’organisation mondiale de la santé lançait une alerte : « environ 5,5% des femmes et 11,9% des hommes dans le monde souffrent, à des degrés variables, des méfaits des jeux d’argent et de hasard… Quand une personne s’adonne aux jeux à un haut niveau de risque, six autres personnes en moyenne en subissent les conséquences. Ce nombre est probablement beaucoup plus élevé dans les cultures fondées sur la parenté, y compris dans les peuples autochtones ».
Les études montrent que les joueurs les plus impliqués sont nettement plus souvent des hommes (environ deux fois plus d’hommes que de femmes) âgés de la cinquantaine et moins diplômés que la moyenne de la population. Une autre étude fondée sur des travaux de sociologues et sur les résultats de sondages d’opinion, réalisée à la fin des années 1990, montre que les joueurs se recrutent plus souvent chez les retraités, les inactifs et les employés. Ces catégories sont effectivement particulièrement représentées de nos jours dans la population insulaire.
En décembre 2024, l’organisation mondiale de la santé lançait une alerte : « environ 5,5% des femmes et 11,9% des hommes dans le monde souffrent, à des degrés variables, des méfaits des jeux d’argent et de hasard… Quand une personne s’adonne aux jeux à un haut niveau de risque, six autres personnes en moyenne en subissent les conséquences. Ce nombre est probablement beaucoup plus élevé dans les cultures fondées sur la parenté, y compris dans les peuples autochtones ».
La promesse illusoire, chez les plus pauvres, d’un futur meilleur
Ces études concernent bien évidemment des situations actuelles. À l’époque dont parlait Maximilien Bigot, la fin du Dix-neuvième siècle, les retraités notamment n’étaient pas encore surreprésentés chez nous comme ils le sont de nos jours. La pauvreté par contre l’était, même si elle n’était pas nécessairement vécue ou admise comme telle.
Or, deux économistes en 2019 ont insisté sur la vulnérabilité des populations les moins riches face au risque de l’addiction aux jeux. L’article qu’ils ont écrit a été publiée en France par un troisième observatoire, l’observatoire des inégalités. Cet article était signé par Quentin Duroy, directeur du département des sciences économiques à Denison University (États-Unis) et Jon D. Wisman, professeur d’économie à l’American University (États-Unis).
Ils écrivent qu’à travers le Pari Mutuel Urbain (PMU), les jeux en ligne et les casinos, « les ménages les plus démunis laissent à l’État un pourcentage de leurs revenus supérieur à celui des catégories aisées. Les plus défavorisés jouent davantage et, de fait, payent cet impôt sur la base d’une promesse illusoire d’un futur meilleur. De nos jours, Le développement incontrôlé des jeux d’argent nourrit les recettes fiscales de l’État censé réguler ces activités, mais pèse toujours plus lourd sur les revenus des moins favorisés ».
Autre caractéristique, tous les milieux sociaux sont représentés dans la population qui joue au moins une fois par an, mais en revanche, chez les joueurs qualifiés d’actifs – « ayant joué au moins 52 fois et/ou au moins 500 euros sur 12 mois - environ neuf personnes sur dix ont, au mieux, le baccalauréat ». Autrement dit, cette population est peu diplômée. À travers la Française des jeux, « une sorte d’impôt sur la fortune du pauvre a été mis en place, dont les recettes totales (six milliards d’euros par an) sont supérieures à celles de l’impôt sur la fortune des plus riches (cinq milliards d’euros) ».
Au-delà des retraités, ces références à la pauvreté d’une part et à des populations peu diplômées d’autre part, doivent être prises en compte s’agissant de la Corse et peuvent constituer un début d’explication.
Les Corses qui restaient en Corse à la fin du Dix-neuvième siècle vivaient dans des conditions qui peuvent être qualifiées de pauvres par rapport aux citoyens qui vivaient, au même moment, dans les villes du continent européen. Premièrement, l’économie pastorale de montagne n’était pas propice à un enrichissement financier important. Et deuxièmement, la Corse était en situation de crise avancée du fait, en grande partie, de l’existence des lois douanières (cela sera officiellement confirmé en 1912, lors du débat parlementaire destiné à mettre fin à ces lois). Enfin cette population restée au pays était experte en pastoralisme mais assez peu diplômée du point de vue universitaire, notamment du fait de l’absence d’université en Corse.
Un ensemble de caractéristiques qui favoriseraient, selon les études actuelles, le penchant des insulaires pour les jeux de hasard ou d’argent.
La Corse reste de nos jours, malheureusement, l’une des régions de France où le taux de pauvreté est considéré comme le plus fort. Une population donc où le risque de se laisser séduire par les sirènes des jeux de hasard et des jeux d’argent serait également le plus fort.
Or, deux économistes en 2019 ont insisté sur la vulnérabilité des populations les moins riches face au risque de l’addiction aux jeux. L’article qu’ils ont écrit a été publiée en France par un troisième observatoire, l’observatoire des inégalités. Cet article était signé par Quentin Duroy, directeur du département des sciences économiques à Denison University (États-Unis) et Jon D. Wisman, professeur d’économie à l’American University (États-Unis).
Ils écrivent qu’à travers le Pari Mutuel Urbain (PMU), les jeux en ligne et les casinos, « les ménages les plus démunis laissent à l’État un pourcentage de leurs revenus supérieur à celui des catégories aisées. Les plus défavorisés jouent davantage et, de fait, payent cet impôt sur la base d’une promesse illusoire d’un futur meilleur. De nos jours, Le développement incontrôlé des jeux d’argent nourrit les recettes fiscales de l’État censé réguler ces activités, mais pèse toujours plus lourd sur les revenus des moins favorisés ».
Autre caractéristique, tous les milieux sociaux sont représentés dans la population qui joue au moins une fois par an, mais en revanche, chez les joueurs qualifiés d’actifs – « ayant joué au moins 52 fois et/ou au moins 500 euros sur 12 mois - environ neuf personnes sur dix ont, au mieux, le baccalauréat ». Autrement dit, cette population est peu diplômée. À travers la Française des jeux, « une sorte d’impôt sur la fortune du pauvre a été mis en place, dont les recettes totales (six milliards d’euros par an) sont supérieures à celles de l’impôt sur la fortune des plus riches (cinq milliards d’euros) ».
Au-delà des retraités, ces références à la pauvreté d’une part et à des populations peu diplômées d’autre part, doivent être prises en compte s’agissant de la Corse et peuvent constituer un début d’explication.
Les Corses qui restaient en Corse à la fin du Dix-neuvième siècle vivaient dans des conditions qui peuvent être qualifiées de pauvres par rapport aux citoyens qui vivaient, au même moment, dans les villes du continent européen. Premièrement, l’économie pastorale de montagne n’était pas propice à un enrichissement financier important. Et deuxièmement, la Corse était en situation de crise avancée du fait, en grande partie, de l’existence des lois douanières (cela sera officiellement confirmé en 1912, lors du débat parlementaire destiné à mettre fin à ces lois). Enfin cette population restée au pays était experte en pastoralisme mais assez peu diplômée du point de vue universitaire, notamment du fait de l’absence d’université en Corse.
Un ensemble de caractéristiques qui favoriseraient, selon les études actuelles, le penchant des insulaires pour les jeux de hasard ou d’argent.
La Corse reste de nos jours, malheureusement, l’une des régions de France où le taux de pauvreté est considéré comme le plus fort. Une population donc où le risque de se laisser séduire par les sirènes des jeux de hasard et des jeux d’argent serait également le plus fort.
